Le juste hommage du Louvre aux “artistes du Nord” sous le règne de François Ier

Le 19 décembre 2017 par Olivia Brissaud

L’exposition nous fait découvrir la riche production d’artistes originaires des Pays-Bas, implantés en France au début du XVIe siècle, et peu à peu tombés dans l’oubli face aux influences de la Renaissance italienne. Diverses enluminures, peintures, vitraux, tapisseries et sculptures sont remis en valeur et témoignent de la variété et de la qualité de cette communauté d’artistes favorisés par le roi de France. La scénographie thématique restitue la pluralité d’une époque en plaçant chaque pièce « dans un système économique et culturel global » ; une ambiance singulière se dégage des salles comme celle consacrée aux portraits intimistes de Corneille de Lyon, plongée dans l’obscurité, et qui tranche avec la présentation grandiloquente des vitraux ou la disposition des grands retables maniéristes autour desquels le visiteur déambule.

La mise en lumière
d’une communauté artistique

Au début du XVIe siècle, les liens entre les Flandres, les futurs Pays-Bas et le Royaume de France sont très développés. L’influence de « laboratoires artistiques », tels Anvers, Bruxelles, Leyden, Tournai, a largement touché la ville de Paris ainsi que les foyers picards et normands. Les artistes circulent beaucoup comme ces Hollandais qui traversent la Champagne et la Bourgogne en allant vers l’Italie, et, à l’exemple de Grégoire Guérard sèment des œuvres dans diverses églises. L’œuvre d’art est alors une élaboration collective : Jean Clouet collabore ainsi avec Godefroy le Batave ou Noël Bellemare. Au-delà de leurs spécialités, ils sont insérés dans un milieu d’influence et démontrent la diversité de leurs talents. Tournai, ville française en territoire Hainaut, témoigne de l’impact de l’art flamand en France. À la fin du XVe siècle, Arnoult de Nimègue et Gauthier de Campes, peintres ayant participé au chantier des vitraux de la cathédrale de Tournai, reproduisent ainsi, l’un à Rouen comme peintre verrier, l’autre à Paris comme cartonnier de vitraux et de tapisseries, les techniques et le style flamand.

L’entourage du Roi

François Ier, roi mécène conseillé par le marchand d’Anvers Josse Vezeler achète pour les collections royales des tapisseries, pièces d’orfèvrerie et tableaux flamands. Il accorde un soin particulier aux tentures bruxelloises à fils d’or et d’argent, tissées à partir de cartons italiens et nordiques et dont quelques-unes ont échappé aux destructions de la Révolution française telle la tenture d’après Jérôme Bosch, conservée à Madrid.
Si l’Anversois Joos van Cleve a laissé des portraits de François Ier et de la reine, le plus célèbre est sans doute le peintre Jean Clouet, portraitiste officiel du roi, né en Flandres et marqué par une certaine influence italienne. Il est connu pour ces figures assez austère qui se détachent sur un fond sombre. La totalité de son œuvre est présente dans l’exposition jusqu’à ses dessins préparatoires, pris sur le vif. Autre portraitiste, Corneille de Lyon venait lui de La Haye ; il offre de petits portraits sur bois très spontanés, aux visages d’une vivacité et d’une intensité frappante, comme celui de Pierre Aymeric, marchand et consul de Lyon.

Le Maniérisme du Nord

Alors que l’école de Fontainebleau s’inspire du maniérisme italien, l’essor des triptyques et retables peints et sculptés montre l’extravagance du maniérisme anversois qui trouve un écho hollandais à Leyde et rayonne en Picardie, à Rouen et à Paris. Il reprend cet allongement des corps aux gestes théâtraux dans une palette fortement acidulée. Issu de l’atelier flamand de Jan de Beer, le Maître d’Amiens nous a laissé un « puy » célèbre (ci-contre) ; ces tableaux offerts par la confrérie de Notre-Dame du Puy à la cathédrale illustrent un vers en l’honneur de la Vierge. D’une grande virtuosité la composition de 1518, très dense, décline élégamment une foule de personnages sur fond de paysage bleuté. Une autre figure, Noël Bellemare a été identifiée comme le cartonnier du vitrail du Jugement de Salomon de l’église Saint-Gervais (réalisation de Jean Chastellain / ci-dessous) : on admire la mise en perspective et les costumes apprêtés des personnages déhanchés. Cette élégance précieuse se retrouve dans les sculptures polychromes des Picards tels Jean Le Pot ou Scipion Hardouin.

Le maniérisme hypergothique leydo-anversois, qui s’épanouit vers 1520-1525 évolue vers un style plus romanisant en Bourgogne, foyer culturel lié aux Pays-Bas, et en Champagne. Grégoire Guérard, dont la parenté avec Érasme lui assure des commanditaires réputés, peint le triptyque de la Mort de la Vierge à l’église de Cuisery près de Tournus et plusieurs vitraux près de Troyes. L’exposition montre en effet le développement du vitrail en grisaille. Le maître de Dinteville, identifié comme Bartholomeus Pons, se rapproche quant à lui du maniérisme italien avec ce tableau de Trois hommes descendant des tonneaux dans une cave.
En contrepoint des grands vitraux, l’exposition apporte un soin particulier à la présentation des livres. Grand miniaturiste, Godefroy le Batave illustre par ses enluminures et dessins de luxueux manuscrits pour l’entourage de Louise de Savoie. La finesse du trait se retrouve chez le Maître du Carcer d’amour, qui se distingue dans la réalisation de minutieux dessins pour ce roman très en vogue à la cour.

L’exposition très bien menée et documentée nous donne une belle idée de la production religieuse d’une époque où l’on connaît plutôt le goût pour la mythologie et la fable antique. C’est donc un aperçu inédit sur le XVIe siècle français qui rend hommage à la fécondité, à la spiritualité et à toute la finesse de goût des artistes du Nord.

François Ier et l’art des Pays-Bas

Musée du Louvre, jusqu’au 15 janvier 2018.
En savoir plus sur le site du Louvre.

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