David Hockney, flamboyant, éclectique et raffiné à Beaubourg

Le 2 octobre 2017 par Christophe Blanc

Peut-être pensez-vous que David Hockney est avant tout un maître du pop art et que ses célèbres piscines californiennes représentent l’acmé de son art ? Alors, il faut vite courir au Centre Pompidou pour découvrir la rétrospective qui lui est consacrée, jusqu’au 23 octobre, en collaboration avec la Tate Britain de Londres et le Metropolitan Museum de New York. Une occasion unique de plonger dans une œuvre immense, à l’éclectisme revendiqué.

“Picasso pouvait maîtriser tous les styles. La leçon que j’en tire c’est que l’on doit les utiliser tous”, a déclaré un jour David Hockney. L’exposition que lui consacre le Centre Pompidou à l’occasion de ses 80 ans illustre combien le plus célèbre des peintres britanniques vivants s’est tenu à ce programme ludique et exigeant.

Versatilité revendiquée

C’est à l’école d’art de Bradford, ville industrielle de l’ouest du Yorkshire, que David Hockney apprend le dessin, au début des années 50. Ses débuts sont marqués par l’enseignement du professeur Derek Stafford, proche des Kitchen Sink, un groupe de peintres qui s’emploie alors à une traduction anglaise du “réalisme socialiste” en peignant des gens ordinaires dans leurs activités de tous les jours. Une influence durable mais impuissante à tarir son inextinguible curiosité artistique. “Au Royal College of Art de Londres (R.C.A.) à partir de 1959, Hockney découvre la peinture abstraite d’Alan Davie, premier peintre anglais à assimiler les leçons des expressionnistes abstraits américains. Fusionnant son intérêt pour l’œuvre de Jean Dubuffet, de Francis Bacon, et sa curiosité pour la peinture abstraite, Hockney réalise une première série d’œuvres non figuratives”, explique Didier Ottinger, commissaire de l’exposition. Mais ce n’est là qu’un détour car “la rage d’expression dont témoignent ses Propaganda Paintings, pro végétarisme d’abord, puis, plus durablement en faveur de l’homosexualité, ont toutefois raison de son éphémère conversion à l’abstraction”.

La rétrospective que la Tate Gallery de Londres consacre à Picasso en 1960 marque durablement David Hockney. “Il sort de l’exposition convaincu que styles, écoles picturales, et autres formalismes ne seront pour lui que les éléments d’un vocabulaire plastique au service de son expression subjective.” Un parti pris qu’il expose sans détour quelques mois plus tard lors de l’exposition Young Contemporaries (1961), dans laquelle il propose quatre toiles réunies sous le titre Demonstrations of Versatility. Le pop art (Jasper Johns), la peinture abstraite ‘color field’ (Morris Louis), la figuration expressionniste (Francis Bacon), la renaissance siennoise (Duccio di Buoninsegna) sont convoqués dans une série de tableaux qui prennent la forme de collages de styles. Plus qu’un jeu raffiné, c’est un manifeste pictural, une façon de dire qu’il ne s’interdira rien, piochera au gré de ses envies et des nécessités, aussi bien dans l’histoire de l’art, dont il a une connaissance aiguë, que dans les techniques les plus modernes.

Références anciennes
et techniques modernes

Ainsi, dès son premier voyage à Los Angeles – qu’il rejoint comme une Terre promise hédoniste -, David Hockney opte pour la peinture acrylique, mieux à même d’exprimer la netteté et l’intensité de la lumière californienne. Mais il n’en reste pas là. “Poursuivant son dialogue avec les formes et écoles stylistiques contemporaines, il donne au scintillement lumineux de ses piscines les formes de L’Hourloupe de Jean Dubuffet, transforme leur surface en ‘champ coloré’ de Mark Rothko ou de Barnett Newman”, précise Didier Ottinger. Sa curiosité insatiable que le conduit aussi à pratiquer de façon de plus en plus assidue la photographie. Peut-être faut-il y voir l’origine des fameux doubles portraits (ci-dessus, Henry Geldzahler and Christopher Scott, 1969) qu’il réalise à partir de la fin des années 60 sans s’interdire les références explicites ou non à Edward Hopper, Balthus ou Vermeer.

C’est toutefois plus tardivement, dans les années 80, qu’armé d’un Polaroïd, il investit réellement la photographie pour réaliser collages et des juxtapositions inédites flirtant avec le cubisme. Avec lui, la photo devient simple matériau au service de son travail de peintre. Il en est de même avec ses œuvres les plus récentes, réalisées avec un Ipad ! Hockney cite Munch pour l’approuver : “La photo ne peut rivaliser avec la peinture, car elle n’entend rien de l’enfer ni du paradis…” Les magnifiques paysages de campagne britannique auquel il s’est consacré depuis 2004 suffisent à étayer ce jugement.

Le foisonnement des techniques utilisées et des styles investis avec un égal brio, ne laisse pas d’étonner. À Libération (16/06/17) le peintre confiait récemment : “Je n’ai jamais voulu me répéter, ni produire à la chaîne… comme certains le font. Ce n’était pas mon style, j’aimais pousser, aller au bout et passer à autre chose, mais toujours en me nourrissant de ce que je venais de faire. Les gens trouvaient ça fouillis, pas moi. Simplement, il faut du temps pour que les transitions apparaissent. Je pense qu’ici, on voit ce que j’ai tenté d’accomplir.” Une remarque trompeuse, car l’œuvre de David Hockney n’est pas terminée. Quelques jours avant l’ouverture de l’exposition, il travaillait encore à des peintures dans l’espoir qu’elles soient accrochées dans la dernière salle ! La versatilité n’exclut pas la constance dans la quête.

Rétrospective David Hockney
Centre Pompidou
Jusqu’au 23 octobre

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