Retour sur la Figuration libre à la Collection Lambert

Le 5 mars 2017 par Christophe Blanc

Robert Combas et Yvon Lambert préparant l’exposition rue du Grenier-Saint-Lazare, à Paris en 1986 (© Robert Combas).

La Collection Lambert présente, à l’hôtel de Caumont d’Avignon, une sélection d’œuvres de Jean-Charles Blais, Rémi Blanchard et Loïc Le Groumellec ainsi qu’une exposition entièrement dédiée à Robert Combas. De la sorte, elle revient sur le tournant artistique qu’a représenté, au début des années 80, l’émergence de la « Figuration libre ».

Constituée dès le début des années 60, la collection d’Yvon Lambert épouse les inflexions qu’a connues la création artistique depuis cette époque. Ainsi, après s’être passionné pour l’art conceptuel, ce collectionneur perpétuellement épris de nouveauté a soutenu, dans les années 80, la nouvelle peinture figurative qui émergeait dans le sillage d’un art urbain en passe de gagner ses lettres de noblesse.

Enée descend aux enfers, 1988, Donation Yvon Lambert à l’Etat / Centre national des arts plastiques. Dépôt à la Collection Lambert en Avignon.

« Je ne pouvais continuer mon aventure tel un antiquaire qui ne montrerait que ses artistes défendus auparavant, j’ai toujours souhaité exposer les artistes de mon temps et j’ai donc décidé de franchir cette frontière, quitte à me fâcher avec certains, et proposer un programme qui alternerait les pères des mouvements des années 70 et la jeune génération en devenir », se souvient Yvon Lambert. C’est ce moment joyeusement transgressif par rapport aux canons de l’époque que les expositions « Les Combas de Lambert » et « la Figuration libre dans la Collection Lambert » ressuscitent.

Combas : élan vital
et orgie de couleurs

Conjointement avec Hervé Di Rosa, Robert Combas est considéré comme l’initiateur du mouvement de la Figuration libre en raison de l’exposition qu’ils réalisèrent conjointement à Nice, en 1981, à l’invitation de Ben. C’était quelques mois avant que le critique d’art Bernard Lamarche-Vadel ne les invite à investir son loft parisien pour une nouvelle exposition, curieusement intitulée « Finir en beauté » alors qu’il s’agissait plutôt de l’acte de naissance d’un mouvement comprenant, outre les deux compères, Rémi Blanchard, Jean-Charles Blais, François Boisrond, Catherine Violet ou encore Louis Jammes et Loïc Le Groumellec.
Plus encore que chez ses camarades, on comprend, en observant les quelque 250 toiles présentées à Avignon, que, pour Combas, peindre représentait un élan vital jaillissant en une orgie de couleurs vives et de formes vibrantes, entremêlées comme des sons. Une certitude : jamais un être doté d’un tel tempérament dionysiaque n’aurait pu trouver sa place dans les courants artistiques cérébraux de la décennie précédente…

Blais et Blanchard : intuition créative
et onirisme mélancolique

Marin aux deux coeurs, 1982 © Jean-Charles Blais

Cette sensibilité débridée et facétieuse est aussi celle d’une génération tant elle se retrouve dans les œuvres de Jean-Charles Blais et Rémi Blanchard. Dans les œuvres précoces du premier, on retrouve ce goût affirmé pour la couleur, généreusement étalée sur des matériaux de récupération avec une prédilection pour les affiches arrachées. Pour Jean-Charles Blais, tout se prête à une création d’intuition, ce qui explique peut-être qu’il se soit orienté vers une production plus diversifiée en s’ouvrant à d’autres univers, tel celui de la mode en collaborant notamment avec le couturier Jean-Charles de Castelbajac.
Une évolution qui n’empêche pas Caroline Smulders, ancienne responsable du marché international pour la galerie Daniel Templon et directrice du département contemporain de Christie’s France de considérer que son Marin aux deux cœurs (1982) est « l’une des pièces emblématiques de la figuration libre ».
Coloré et vif, l’univers pictural de Rémi Blanchard l’est également mais sur un mode plus mélancolique dans lequel, malgré un style très personnel, on distingue l’influence de Van Gogh, Léger, Matisse ou Chaissac. Premier artiste de la Figuration libre à exposer à la galerie Yvon Lambert en 1982, ses œuvres s’inspirent volontiers de ses souvenirs d’enfance et de famille nombreuse : camping, caravanes, bord de mer, bohème… À l’instar des enfants, Rémi Blanchard a le don de porter sur le monde un double regard, à la fois lucide et onirique.

Le Groumellec : permanence du sacré

Figuratif et libre, Loïc Le Groumellec l’est sans l’ombre d’un doute, lui qui, durant trente ans, s’en est délibérément tenu à trois sujets récurrents, explorés de façon quasi obsessionnelle – les maisons, les menhirs et les croix -, en recourant à une technique unique basée sur l’utilisation de la laque. Reste que ses compositions essentiellement noires et grises tranchent radicalement avec l’univers pictural de ses camarades. À l’occasion de l’exposition qu’elle lui consacre à la galerie Matignon, Françoise Livinec estime ainsi que « Loïc Le Groumellec s’inscrit dans une histoire de l’art pictural qui se réfère au minimalisme, au monochrome et à une forme de radicalisme qui induit une méfiance, voire un rejet de toute narration ». Et l’artiste déclare lui-même, comme pour affirmer sa singularité : « Au début des années 1980, à ma sortie des Beaux-arts, le retour à la figuration ne me convenait pas. J’aimais l’art minimal des années 1970 de Buren ou Toroni, mais c’était la voie d’une autre génération. »

“Ce qui m’intéresse, c’est la confrontation entre l’appartenance à la terre et l’effort pour s’élever. Toute ma peinture se résume à cela : l’aller-retour permanent entre le haut et le bas, qui est l’une des définitions du sacré donnée par Bataille”, proclame Loïc Le Groumellec, dont les Mégalithes sont exposés jusqu’au 9 avril à la Galerie Françoise Livinec.

De fait, avec ses tons granitiques et son atmosphère immuable, l’œuvre tellurique de Groumellec se situe aux antipodes des compositions impétueuses et instinctives des autres membres de la Figuration libre. À l’instar des mégalithes, les peintures de Loïc Le Groumellec disent la permanence du sacré. « Ce qui m’intéresse, c’est la confrontation entre l’appartenance à la terre et l’effort pour s’élever. Toute ma peinture se résume à cela : l’aller-retour permanent entre le haut et le bas, qui est l’une des définitions du sacré donnée par Bataille », précise d’ailleurs l’artiste comme pour rappeler que, même dans l’art figuratif, l’essentiel se situe au-delà de ce qui est formellement représenté.

 

Les Combas de Lambert
et La Figuration libre dans la Collection Lambert
Jusqu’au 5 juin
Collection Lambert en Avignon
5 rue Violette – 84000 Avignon.
En savoir plus : www.collectionlambert.fr

Loic Le Groumellec – Mégalithes

Jusqu’au 9 avril
Galerie Matignon
29-33 avenue Matignon
75008 Paris
En savoir plus : http://francoiselivinec.com

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