Aux origines du tableau : les dessins préparatoires des peintres hollandais au XVIIe siècle

Le 22 février 2017 par Olivia Brissaud

Michiel van Musscher, Portrait d’un artiste, Vienne, Musée Liechtenstein.

En collaboration avec la National Gallery of Art de Washington qui a accueilli l’exposition à l’automne 2016, la fondation Custodia propose de rapprocher les tableaux de divers peintres du Siècle d’or hollandais avec leurs travaux préparatoires.

L’exercice, des plus captivants, a demandé de longues années de recherches de la part des deux institutions et le résultat est un ravissement pour les yeux et un défi pour l’esprit. Les quelques vingt-et-une peintures et la centaine de dessins exposés sont en outre d’une grande qualité et d’une élégance de trait admirable. On comprend comment l’artiste intègre ses croquis préliminaires dans ses tableaux, soit en s’en servant comme inspiration soit en les intégrant tels quels à l’œuvre finale.

Richesse et variété de la peinture au siècle de Rembrandt

L’exposition englobe tous les genres présents en ce XVIIe siècle hollandais : la peinture d’Histoire bien sûr avec des compositions mythologiques ou religieuses, des scènes de genre, natures mortes, paysages, portraits et batailles navales. On peut admirer la variété de la production artistique aux Pays-Bas et contempler les toiles de célèbres peintres qui produisent en amont des croquis d’après nature ou d’après modèles, composant un répertoire de motifs dans lesquels ils puisent à loisir pour réaliser leur tableau. La première toile de Van Musscher, un Portrait d’artiste, explicite d’emblée le propos en représentant le processus artistique de l’artiste dans son atelier, assis devant sa toile et penché sur ses dessins et portfolio de croquis.

Dirk Hals, Études d’un homme assis, fumant la pipe, et de deux jambes, pinceau et encre brune, Rijksmuseum.

La grande variété de feuilles sélectionnées illustre la multiplicité de leurs rôles dans le processus de création. On peut voir des carnets d’esquisses comme celui de Jan van Kassel qui étudia les paysages à travers les Pays Bas, des ruines du Château de Brederode aux bords de la mer du Nord, ainsi que des études de figures prises sur le vif, plus ou moins finies, à partir de modèles nus ou costumés tels les personnages de Dirk Hals esquissés à l’huile sur papier. Pour le paysage, on s’arrête devant les études topographiques comme La vue sur Amsterdam et l’IJ de Jacob van Ruisdael qui fourmille de détails, des dessins d’architecture ou encore des études de fleurs d’Abraham Bloemaert à partir des motifs crayonnés lors de ses promenades autour d’Utrecht.
Autre production classique : les « portraits » de navires de la famille Van de Velde qui possédaient une autorisation de l’Amirauté pour monter au bord des bateaux et dessinaient au cours des batailles navales, comme celle « des Quatre jours » en 1666 où le Prince Royal, navire anglais, fut capturé par les Hollandais.

Un réalisme recomposé

Si la peinture hollandaise se veut très réaliste, c’est que l’artiste cherche à faire croire au réel qu’il présente : les toiles ne sont jamais peintes d’après motif, mais inspirées des feuilles préparatoires prises en extérieur : une scène campagnarde ou une promenade hivernale montrent la volonté naturaliste basée sur l’observation de la vie et des métiers. Cuyp alliait ainsi une vue topographique avec un dessin minutieux de vaches pour composer un tableau.
L’on admire donc ces dessins aussi bien pour la virtuosité du tracé que par la façon qu’ils ont de capturer le réel et d’être ce « matériau de base de la peinture ». Le sens du détail et la précision nous fascinent que ce soit dans la facture des vêtements, le travail des expressions et des gestes, la brillance des textures ; celle-ci est visible dans les études de Balthasar Van Der Ast, ces fleurs et coquillages peints à la gouache avec un réalisme déjà très abouti et qu’il intégrait après dans ses natures mortes.

Jacob van Ruisdael, Vue sur Amsterdam et l’IJ, Pierre noire et lavis gris, Rijksmuseum.

Une comparaison entre deux supports

Finalement l’exposition demande un certain effort au visiteur qui se prend au jeu de cette correspondance ludique. Il s’amuse à rechercher un personnage esquissé dans la foule d’une scène urbaine ou l’intérieur d’une taverne ce qui lui permet de découvrir les moindres détails de la peinture. Pour sa Scène sur la glace de 1625, Hendrick Averkamp s’est ainsi inspiré d’un dessin préliminaire, un Paysage fluvial devant la ville de Kampen, à la plume et à l’encre brune, et a transposé les promeneurs sur la glace. Certains dessins, tel L’homme fumant une pipe de Dirck Hals, sont repris dans plusieurs tableaux avec des attributs différents.

Rembrandt Harmensz van Rijn (1606-1669). Allemagne, Berlin, Gemäldegalerie (SMPK).

Un peu comme dans un jeu des différences, Le Chœur de l’église Saint-Bavon à Haarlem par Pieter Saenredam, montre que si l’artiste s’appliquait à prendre les mesures exactes des bâtiments dans ses dessins de construction, il composait sa toile pour la rendre plus attractive visuellement et plus vive avec l’ajout de personnages en action. De même, le Saint Jean-Baptiste prêchant de Rembrandt, chef-d’œuvre de l’exposition, est accompagné de trois dessins à la plume qui détaillent les personnages : on voit la recherche des postures, des expressions ou du détail d’un costume.
Cette charmante exposition confirme cette intuition que, pour les Hollandais, les dessins intensifient « le processus du regard ». Elle fait également prendre conscience de tout le travail réalisé en amont de la toile peinte et nous permet de toucher un peu plus au talent créatif des maîtres de la peinture.

Du dessin au tableau au siècle de Rembrandt,
du 4 février au 7 mai 2017 à la Fondation Custodia,
121 rue de Lille 75007 Paris

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