“Pre-historic” : exposition et discussion sur “les savoir-faire 
pré-capitalistes dans l’art contemporain” à leclere-centre d’art

Le 18 février 2017 par Christophe Blanc

Jeudi 23 février 2017, Leclere-Maison de ventes accueille Charlotte Cosson & Emmanuelle Luciani pour une discussion publique sur “les savoir-faire pré-capitalistes dans l’art contemporain” ainsi que pour le vernissage de leur exposition « PRE-HISTORIC ». Premier événement d’un cycle qui en comptera cinq au fil de l’année, cette rencontre traduit la volonté de Leclere-Maison de ventes de renforcer sa dimension de véritable centre d’art dédié à la réflexion, à la prospective et au débat.

« Le milieu de l’art n’est qu’au “post” : postmoderne, post-Internet, post-human… Pourtant, toujours penser “l’après” revient à s’inscrire dans la lignée révolutionnaire d’un passé fait de mouvements en remplaçant toujours d’autres via des changements de direction radicaux. Or, un grand nombre d’artistes – souvent oubliés aujourd’hui car qualifiés de réactionnaires – ont pensé le primitif et les époques antérieures afin d’imaginer un avenir plus rayonnant », expliquent Charlotte Cosson & Emmanuelle Luciani pour présenter leur exposition « Pre-Historic ».

Une lignée oubliée d’artistes

D’où l’interrogation tout à la fois pertinente et impertinente portée par ces jeunes curatrices et critiques d’art explorant depuis plusieurs années la façon dont l’art rend compte de la crise identitaire des sociétés occidentales : « Que pourrait apporter au contemporain l’analyse de ces pratiques antéhistoriques ? La recherche de ce qu’il y avait “avant” ne pourrait-elle aider à dépasser le sens hégélien d’une Histoire toujours infléchie par l’idée de progrès ? »
Pour répondre à ces questions, elles s’appuient bien évidemment sur l’histoire de l’art, en évoquant les mouvements artistiques qui, au XIXe siècle, ont délibérément résisté aux injonctions d’un progrès présenté comme impératif, linéaire et univoque : les Troubadours et les Nazaréens, les Préraphaélites puis les Nabis et bien sûr le mouvement Arts & Craft. Ou encore Yanagi Sōetsu, instigateur, au Japon, du mouvement Mingei prônant le réveil des traditions artisanales « naturelles, sincères, sûres et simples » aussi bien contre la massification industrielle que contre les productions de l’univers du luxe jugées « prétentieuses, malhonnêtes et perverses ». Toutefois, Charlotte Cosson & Emmanuelle Luciani ne s’en tiennent évidemment pas à cette exploration rétrospective, tout l’intérêt de leur démarche consistant justement à scruter les signes d’un recours à « l’ante » par les créateurs actuels.

Techniques ancestrales 
et comportements “archaïques”

Travail de Robert Rush, artiste ayant entrepris de perfectionner son art en se rendant chez Ravel, plus ancienne poterie du sud de la France.

Parmi les artistes qu’elles exposeront, jeudi 23 février, dans le hall central de Leclere-Maison de ventes (puis dans le désormais célèbre Cube de celle-ci), certains ont ainsi pris le parti de revenir à des techniques ancestrales. C’est notamment le cas de Robert Rush, qui, pour perfectionner son art, s’est rendu à Aubagne chez Ravel, la plus vieille poterie du sud de la France, au sein de laquelle Charlotte Cosson & Emmanuelle Luciani ont créé une résidence d’artistes internationaux. Une démarche également suivie par Bella Hunt & DDC qui ont mêlé des pigments naturels à un mélange expérimental de chaux afin de créer des œuvres a fresco dans la campagne aixoise. Pour les curatrices de Pre-Historic, « ces artistes se réfèrent ainsi à l’artisanal. En utilisant des techniques millénaires tout en faisant l’apologie du réalisé main, ils se relient à une histoire globale de l’humanité précédant la course technologique ». Un positionnement également adopté par Andrew Humke lorsqu’il peint des formes primitives, issues d’une architecture rudimentaire.
Ce retour délibéré vers l’archaïque ne se résume cependant pas à la quête de techniques oubliées. Plus radicalement, il se traduit aussi par le choix d’une manière d’être au monde en rupture avec les standards individualistes et narcissiques de l’époque, notamment par la propension de ces artistes à se regrouper en confréries. « Bella Hunt & DDC produisent dans la campagne entourés d’autres artistes, Victoria Colmegna rejoue le mobilier d’une “sororité” [sisterhood] installée à côté de chez elle, We Are The Painters efface les patronymes de chacun derrière une identité générique, Robert Rush a transformé une maison londonienne en résidence d’artistes où il vit en communauté avec d’autres céramistes et leurs animaux… », énumèrent Charlotte Cosson & Emmanuelle Luciani qui y voient une volonté de retrouver les pratiques collégiales qui caractérisaient le monde médiéval.

Le passé, “réservoir de futurs non advenus”

Les détracteurs de ce positionnement en rupture avec la quête éperdue de nouveauté caractérisant le monde contemporain ne manqueront probablement pas de le qualifier de « réactionnaire » ou encore de « passéiste ». À notre sens, ce serait pourtant manquer l’essence des démarches artistiques présentées. En effet, loin de se tourner vers le passé pour l’idéaliser, il nous semble que les artistes repérés par Charlotte Cosson & Emmanuelle Luciani s’en servent plutôt comme d’un « réservoir de futurs non advenus » capable de féconder une vision renouvelée de l’avenir. Si bien qu’à leur façon, ils répondent à l’enjeu, furieusement contemporain, de réenchanter l’avenir.

PRE-HISTORIC
par Charlotte Cosson & Emmanuelle Luciani
Le 23 février vernissage de l’exposition (18 h) et discussion (19 h 15)
Jusqu’au 17 mai : exposition au sein du Cube, 
du lundi au vendredi de 10h00 à 12h00 et de 15h00 à 18h00.
Leclere-Centre d’art
5, rue Vincent Courdouan 13006 Marseille.
www.leclere-mdv.com

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