Grand Musée du Parfum : un hymne au cinquième sens

Le 17 février 2017 par Romaric Sangars

La collection de matières premières, Grand Musée du Parfum © Harvey & John.

Le Grand Musée du Parfum vient d’ouvrir ses portes à Paris sur le très chic Faubourg Saint-Honoré. Enfin, un lieu intégralement consacré à la plus mystérieuse des substances : venez donc y humer sans modération !

Le Grand Musée du Parfum est installé dans un bel hôtel particulier du 73, Faubourg Saint-Honoré, ancienne Maison Christian Lacroix (© GMDP).

Il manquait à Paris, ville du luxe, de l’art et de la mode, un temple spécifiquement consacré au parfum, ce produit de raffinement qui parachève autant une toilette que la réputation d’excellence de notre capitale. C’est donc chose faite, et bien faite, puisque ledit musée s’est installé dans le bel hôtel particulier du 73, Faubourg Saint-Honoré, ancienne Maison Christian Lacroix, et que sa collection comme ses parcours ont été composés par un conseil scientifique et culturel rassemblant pas moins de seize experts, parmi lesquels des créateurs ou des spécialistes issus de grandes maisons françaises comme Guerlain, Hermès, Cartier, mais aussi Nicolaï et Red Berry, et également des journalistes, des écrivains et des biologistes. Une synergie d’autant plus nécessaire que la formule de découverte était entièrement à inventer et qu’il fallait une pédagogie bien spécifique pour faire pénétrer le public dans un monde tout à la fois envoûtant et largement méconnu. Il faut dire que, d’un côté, le cinquième sens a été plus fréquemment inhibé que cultivé, parce que rappelant nos origines animales ; de l’autre, que sa pratique est particulièrement subtile, puisque son objet est immatériel, invisible, qu’il ne se saisit « qu’à travers la fumée », ainsi que le suggère l’étymologie latine du mot (per fumum).

Le parcours, pédagogique et élégant, permet de saisir l’insaisissable et de comprendre l’origine des fragrances (© Projectiles).

Fragrance éternelle

« Depuis la nuit des temps, les hommes n’ont cessé de capturer l’empreinte olfactive des plantes, des fleurs et parfois des animaux, pour s’en recouvrir et les donner à sentir », nous rappelle-t-on, au musée. Bien qu’évanescent, le parfum n’en est donc pas moins présent depuis toujours dans l’Histoire humaine. La meilleure manière de le rendre un peu plus concret à notre esprit est donc de nous en narrer la longue histoire, ce qui constitue le premier parcours initiatique qu’offre le lieu, un parcours jalonné d’iconographies, d’objets, de décors et de dispositifs olfactifs, et qui nous permet de saisir un peu mieux cet objet insaisissable au moyen des reflets multiples qu’il a projetés dans l’imaginaire des cultures diverses.

Parfois doté de grands pouvoirs, le parfum aura en effet toujours eu celui d’inspirer – et cela dans tous les sens du terme. De nombreuses légendes l’auront mis en scène, et il aura révélé ainsi les désirs comme les rêves de chaque époque. À rebours, il aura laissé aussi la trace olfactive du passé, et ce n’est pas un vain mystère que de se trouver dans la possibilité de respirer les charmes de l’Égypte ancienne avec le « Kyphi », plus ancien parfum dont on connaisse la composition, ou encore de humer le merveilleux du Moyen Âge avec la célèbre « Eau de la Reine de Hongrie » à laquelle, en 1370, on prêtait des vertus de jouvence. Présentés dans des vitrines, des objets d’époque contenant des substances parfumées contribuent également à lester cette réalité abstraite, certains étant même visibles pour la toute première fois en France, notamment des éléments issus de la collection privée de la famille Storp, à l’origine de la maison de composition de Munich.

Tout l’intérêt d’un musée du troisième millénaire est de disposer de la technologie appropriée pour initier de manière sensuelle, concrète et ludique au mystère du parfum et à celui de l’odorat (© Projectiles).

Chimie magique

À l’étage supérieur, le visiteur entame un second parcours abordant cette fois-ci l’angle scientifique de la question, toujours selon une méthode pédagogique précise : apprentissage, mise en pratique, immersion sensorielle. De la molécule au cerveau, que se passe-t-il vraiment ? Et qu’est-ce que les odeurs véhiculent comme informations, émotions, souvenirs ? Tout l’intérêt d’un musée du troisième millénaire est de disposer de la technologie appropriée pour initier à ces mystères de manière sensuelle, concrète et ludique ; et de nous permettre ainsi de comprendre aisément comment fonctionne le cinquième sens, et quel est le devenir d’un produit odorant de l’air au cerveau en passant par les narines. Sollicité en permanence, aussi inévitable que la respiration, l’odorat nous permet de reconnaître une personne, de nous alerter d’un danger comme une fuite de gaz ou un départ de feu, contribue aux plaisirs de la table et, par lui-même, s’il est cultivé, ouvre à mille voluptés.

L’intention, la démarche, la composition, l’équilibre : ces diverses phases d’élaboration sont explicitées afin de familiariser le visiteur avec le travail si riche et raffiné du parfumeur (© Projectiles).

Un grand art méconnu

Justement, si on célèbre fréquemment les créateurs qui nous en mettent plein les yeux ou plein les oreilles, ceux qui nous ravissent les narines demeurent singulièrement dans l’ombre. La dernière séquence de la visite, après avoir si méticuleusement éveillé l’odorat, se consacre ainsi entièrement à l’art subtil du parfumeur. Matières premières, bibliothèque d’odeurs, les palettes de base de ces artistes méconnus sont ici dévoilées, ainsi que le complexe processus de création, des premières recherches empiriques à la fabrication, du bureau au laboratoire, montrant à quel point les « nez » utilisent surtout leurs cerveaux. L’intention, la démarche, la composition, l’équilibre : ces diverses phases d’élaboration sont explicitées afin de familiariser le visiteur avec le travail si riche et raffiné du parfumeur. Enfin, cette troisième trajectoire s’achève de l’autre côté du miroir, si l’on peut dire, en tout cas, du côté du parfumé. Quelle relation entretient-on avec son parfum et à quoi correspond l’acte de se parfumer ? Retour à la case départ, pourrait-on dire, puisque c’est justement le lien commun, familier, que la plupart ont déjà avec la substance ici célébrée auquel on aboutit, mais un lien devenu beaucoup plus fort, plus nuancé, plus magique, encore, après avoir exploré, dans les diverses salles du musée, l’origine du parfum, sa richesse et ses arcanes.

Informations pratiques :
www.grandmuseeduparfum.fr

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *