Quoi de neuf ? Les “insoumis de l’art moderne” !

Le 8 novembre 2016 par Christophe Blanc

affiche-expo-insoumis-grandeUn profond mouvement tend aujourd’hui à réhabiliter les artistes qui, au sein du mouvement Jeune Peinture, inventèrent, dans les années 50, une façon alternative d’interpréter la modernité. C’est notamment le cas de l’exposition Les insoumis de l’art moderne qui se tient jusqu’au 31 décembre 2016 au Musée Mendjisky-Ecole de Paris.

Paris, années 50. De jeunes peintres, pour la plupart originaires de province, se retrouvent à Paris avec le vif désir de prendre leur place dans le renouveau artistique qui, dans une ambiance de liberté retrouvée, s’empare de la capitale au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Tout devait les pousser à s’inscrire docilement dans le mouvement qui, à cette époque, conduisait les artistes à s’affirmer par la rupture, le rejet ou la déconstruction des anciennes traditions picturales pour cheminer progressivement vers l’abstraction. Or, contre toute attente, ils refuseront de se soumettre à cette nouvelle doxa pour inventer une conception alternative de la modernité artistique, devenant ainsi des “insoumis de l’art moderne”.

Une vision alternative de la modernité

Comme le rappelle Pierre Basset, commissaire de l’exposition, ce mouvement est d’abord né de façon spontanée, à la manière d’une sorte de coup de foudre générationnel, à l’occasion de la réouverture du Louvre. “Avides de savoir, les jeunes peintres s’y ruent. Ils sont bouleversés. Ils se rendent compte de leur erreur. Les maîtres modernes, Picasso et Matisse en tête, qui les avaient dans un premier temps séduits, sont considérés comme des usurpateurs de l’art.” Dès lors, tout en peignant avec les moyens de leur époque, ils n’auront de cesse de se placer dans la continuité de la grande peinture et principalement de Courbet, considéré par eux comme “le dernier grand peintre humaniste” afin de promouvoir un art dans lequel “l’humain, l’intelligible et l’universel sont les maîtres mots”.

C’est ainsi qu’est né, le 26 janvier 1950, à la galerie des Beaux-Arts, le Salon des jeunes peintres qui prendra quatre années plus tard le nom de Salon de la Jeune Peinture quand il s’installera au musée d’Art Moderne de la Ville de Paris. Longtemps négligé par une histoire de l’art ayant tendance à focaliser son attention sur les avant-gardes, ce mouvement rencontra pourtant un réel succès, allant jusqu’à rassembler plus de mille artistes unis par la commune conviction que le réel et la nature représentent toujours “une source infinie de création”. Un parti pris alors très hardi car, comme l’écrivit le critique Jean-Albert Cartier, “il fallait l’audace de la jeunesse, pour ne pas craindre d’être plagiaire et oser représenter l’aspect figuratif du monde que l’on imaginait définitivement renié”.

Bernard Buffet, La Poissonnerie, 1951, huile sur toile, 195 x 294 cm.

Bernard Buffet, La Poissonnerie, 1951, huile sur toile, 195 x 294 cm.

Une peinture “de chair et de terre”

Les quelque soixante œuvres présentées dans l’exposition rendent justice à ce positionnement démontrant, par leur qualité, combien cette “peinture de chair et de terre” ne peut être réduite, comme le pensaient ses détracteurs, à un quelconque académisme. Signées des initiateurs du mouvement, les prix de la critique Bernard Buffet, Bernard Lorjou, André Minaux et des peintres de la Ruche, Simone Dat, Michel de Gallard, Paul Rebeyrolle et Michel Thompson, mais aussi des nombreux peintres qui dans leur sillage ont donné au mouvement son ampleur et sa diversité, tels Françoise Adnet, Bellias, Cara-Costea, Jean Commère, Guerrier, Heaulmé, Roger Lersy, Pollet, Gaëtan de Rosnay, Françoise Sors et Maurice Verdier, ces œuvres prouvent, avec éclat, que la Jeune Peinture d’après-guerre représentait bien une autre façon, non moins féconde, d’envisager la modernité.

Françoise Adnet, Jeune fille à l’orange, 1956, Huile sur toile, 81 x 54 cm.

Françoise Adnet, Jeune fille à l’orange, 1956, Huile sur toile, 81 x 54 cm.

Aujourd’hui, ce mouvement suscite un nouvel intérêt. Comme l’écrit Sarah Wilson, Professeur au Courtauld institute de Londres, “Les insoumis de l’art moderne est une exposition importante du point de vue historique” car “nous pouvons désormais jeter un regard neuf sur l’étendue de la production artistique la Jeune Peinture”. D’autant que cette initiative inédite permise par la rencontre entre les collectionneurs Pierre Basset et Florence Condamine d’une part, et Serge Mendjisky, d’autre part, s’inscrit dans une dynamique de réhabilitation beaucoup plus vaste. On peut ainsi la rapprocher de la Rétrospective Bernard Buffet qui commence le 14 octobre, de l’exposition Paul Rebeyrolle qui se tient jusqu’au 31 décembre 2016 au Musée de l’Abbaye de Saint- Claude, ainsi que de l’exposition Bernard Buffet au Musée Montmartre qui débutera en octobre.

Une réponse aux inquiétudes contemporaines ?

L’engouement actuel pour un mouvement artistique rappelant que “la seconde partie du XXe siècle n’est pas celle du vide mais celle de la figure réinventée”, n’est probablement pas fortuit. En effet, dans une société désormais travaillée par les vertiges angoissants de la post-modernité et du post-humanisme, la volonté des Jeunes Peintres de remettre l’homme, la nature et le tangible au cœur de la création apporte des réponses pertinentes aux inquiétudes contemporaines. Elle souligne en effet que la modernité et ses avatars ne doit pas nécessairement déboucher sur le non-sens, le vide ou la dissolution.

Les Insoumis de l’Art Moderne

Musée Mendjisky-Ecole de Paris
Jusqu’au 31 décembre 2016
www.fmep.fr/

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