Monet, Hodler et Munch défient « l’impossible » au musée Marmottan

Le 8 novembre 2016 par Christophe Blanc

hodlerr-2-jpg_tmp« Peindre l’impossible » : c’est autour de cette problématique que le musée Marmottan réunit trois peintres, Ferdinand Hodler, Claude Monet et Edvard Munch, pourtant artistes de nationalités différentes qui ne se sont jamais rencontrés. S’ils s’inscrivent tous trois dans la modernité européenne de la seconde moitié du XIXe siècle, ils sont classés dans des courants artistiques différents entre impressionnisme, post-impressionnisme et symbolisme. Le pari du commissaire Philippe Dagen est donc de les présenter ensemble liés par un défi commun : celui de peindre certains états de la nature, a priori impalpables, en suivant une méthode scientifique bien plus que des considérations académiques.

Comme l’exige le sujet de l’exposition, le visiteur est invité à suivre un parcours thématique, présentant d’abord les artistes puis abordant leur art autour de quatre sujets principaux : les montagnes, le soleil et la lune, la neige et les eaux. Une section sur la couleur conclut l’exposition. C’est donc un point de vue osé, mais qui permet d’admirer des œuvres exceptionnelles peu visibles en France, tels les tableaux de Munch prêtés par le Munchmuseet d’Oslo et certains d’Hodler dus à la « générosité de plusieurs collections privées suisses ».

Claude Monet, Le Mont Kolsaas, 1895, Paris, Musée Marmottan Monet.

Claude Monet, Le Mont Kolsaas, 1895, Paris, Musée Marmottan Monet.

Représentation des éléments naturels

L’exposition s’ouvre sur leurs autoportraits, figures très expressives entre celui de Munch qui vient de survivre à la grippe espagnole et celui d’Hodler peint pendant que sa femme est mourante. Alors que la photographie est en plein essor, ces trois artistes se sont donc confrontés à des questions techniques moins classiques dans l’ordre de la peinture, s’attachant à une observation stricte de la nature animée de considérations philosophiques et spirituelles. Comment rendre l’éclat aveuglant du soleil sur la toile ? Comment peindre la neige et rendre l’éclat de ses couleurs ? Comment insuffler à une peinture immobile les variations de la lumière sur l’eau et les mouvements de l’onde ? On découvre ainsi comment ils ont mis la peinture à l’épreuve de l’impossible, l’exposition cherchant à montrer “un parallèle entre l’extrême banalité des scènes représentées (la pluie, la neige, le soleil…) et l’extrême complexité à les représenter”.

Si, tels les impressionnistes, ils prennent leurs premiers motifs dans des lieux familiers, ces peintres sont voyageurs, témoins des progrès technologiques de leur époque, et s’intéressent à des espaces nouveaux, inexplorés. Munch a traversé l’Europe, Monet parcouru la Norvège et Hodler gravi les glaciers alpins. On retrouve chez chacun cette observation attentive du paysage débarrassé des détails pour se concentrer sur l’essentiel. Il en est ainsi dans Le Mont Kolsaas de Monet ou dans le Lac de Thourne et chaîne de Stockhorn qui résume tout le cheminement d’Hodler : ce vaste espace est marqué par l’horizontalité des eaux et des lignes de crête qui s’y reflètent alors que chaque élément, lac, rochers, ciel et nuages, est traité de manière spécifique.

Edvard Munch, Le Soleil, 1912 – Oslo, Munchmuseet.

Edvard Munch, Le Soleil, 1912 – Oslo, Munchmuseet.

La représentation du soleil est également un défi : Monet et Hodler préfèrent le lever et le coucher du soleil, quand il se montre voilé ou qu’il se reflète sur l’eau. Munch, lui, choisit de peindre l’intensité de son Soleil regardé de face, au risque de l’aveuglement : un disque blanc autour duquel il matérialise les rayons en cercles colorés concentriques. Il travaille également le motif nocturne avec sa Nuit étoilée qui nous rappelle l’œuvre de Van Gogh : il y transcrit le réel en grossissant la taille des étoiles pour rendre perceptible la lumière stellaire. L’effet est en tout cas spectaculaire.

La question du rendu de la neige revient également sans cesse. Monet, se rend en Norvège en 1895 et s’attache à peindre la densité de la neige, sa luminosité et les nuances de ses couleurs. Nappée d’une lumière froide dans des tons de violets, le tableau de Munch la Neige fraîche sur l’avenue, s’attarde plus sur la surface immaculée de la neige que sur les deux figures sans traits qui paraissent fuir la scène.

Ferdinand Hodler, Lac de Thoune et chaîne de Stockhorn, 1904, Collection Christoph Blocher.

Ferdinand Hodler, Lac de Thoune et chaîne de Stockhorn, 1904, Collection Christoph Blocher.

Des séries jusqu’à l’obsession

Les trois peintres mettent donc en œuvre une conception méthodique pour affronter les difficultés de représentation et se focalisent sur ces “obstacles” jusqu’à l’obsession ; ils reproduisent alors en série les mêmes paysages, modifiant les effets de lumière, de transparence, de reflets et de mouvement ; Hodler étudie l’horizon des Alpes depuis sa terrasse à toutes les heures du jour, Monet reprend inlassablement ses maisons rouges dans des tableaux où se confondent neige et ciel et Hodler ses personnages sans visages perdus dans l’immensité du blanc. L’exposition s’attarde ainsi sur le “combat” avec l’eau, obsession constante de Monet qui le reprend jusqu’aux séries des Nymphéas. Dans La Barque, il cherche à suggérer avec de longues lignes serpentines l’incessante mobilité de la surface, des courants et des reflets qui nous font imaginer des algues sous la surface.

L’exposition se termine sur le thème des couleurs magnifiquement rendues dans des tableaux tels La pluie de Munch, d’une grande force chromatique, et le Lac Léman vu de Chexbres d’Hodler, où le ciel se reflète merveilleusement dans l’eau. Finalement, cette obsession artistique force la créativité, la technique, mais également l’imaginaire de ces artistes. Si le parallèle entre ces trois peintres peut paraître audacieux, il est en tout cas très bien maîtrisé et nous fait pleinement apprécier la virtuosité de chacun.

« Hodler Monet Munch, peindre l’impossible »
Jusqu’au 22 janvier 2017
Musée Marmottan. 2, rue Louis-Boilly / 75016 Paris
Du mardi au dimanche de 10h à 18h / Nocturne le jeudi jusqu’à 21h

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