Camoin : “le plus cézanien des fauves” célébré à Aix-en-Provence

Le 21 septembre 2016 par Christophe Blanc

camoin« N’étant ni Cézanne, ni Corot, ni Fragonard, tâcher au moins de ne pas être emmerdant », s’était fixé Charles Camoin. Un pari amplement réussi, comme en témoigne l’exposition que le musée Granet d’Aix-en-Provence consacre au « plus cézanien des Fauves ».

Un soir d’octobre 1901, un jeune soldat en vareuse bleue et pantalon garance profite du stationnement de son régiment à Aix-en-Provence pour se rendre chez Paul Cézanne. Le vieux maître est alors connu pour son caractère rugueux mais se prend pourtant de sympathie pour son visiteur avec lequel il entretiendra une correspondance régulière ponctuée de conseils. Âgé de seulement 22 ans, Charles Camoin vient de se trouver un mentor.

Entre Impressionnistes
et Fauves

Marquet, Camoin et Matisse, 19 quai Saint-Michel v. 1912, Archives Camoin.

Marquet, Camoin et Matisse, 19 quai Saint-Michel v. 1912, Archives Camoin.

Né à Marseille le 23 septembre 1879, Charles Camoin est destiné, par sa famille au commerce. Un « premier prix de figure » décerné par l’École des Beaux-Arts de Marseille, le décide toutefois à se consacrer à la peinture. Bientôt installé à Paris avec sa mère, il s’inscrit à l’École des Beaux-Arts où il fait la connaissance d’Henri Matisse, Albert Marquet et Henri Manguin avec lesquels il prend vite la décision de plutôt travailler dans des ateliers libres.

Ce choix est alors dans l’air du temps. Comme le précisent les concepteurs de l’exposition d’Aix-en-Provence, Charles Camoin « appartient à cette génération d’artistes qui font la charnière entre le XIXe et le XXe, époque de tous les bouleversements qu’ils soient techniques, philosophiques ou artistiques ». Ses débuts sont marqués par les impressionnistes « dont il a pu découvrir les œuvres au musée du Luxembourg, à la suite du legs Caillebotte ». C’est cependant après sa rencontre avec Cézanne que sa personnalité artistique s’affirme. Au début du siècle, il participe ainsi, en compagnie de ses camarades Matisse, Manguin et Marquet, à la « Cage aux fauves ».

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Charles Camoin, Port de Marseille, 1904 – Huile sur toile, 65,5 × 81,5 cm – Le Havre, MuMa – Musée d’Art moderne André Malraux © ADAGP, Paris 2016.

Dans cette joyeuse bande, Camoin cultive toutefois sa différence. « Même s’il favorise dans son œuvre l’expression par la couleur, elle demeure toujours attachée à la transcription du motif et de ses variations lumineuses. Il fut donc sans doute “le plus impressionniste des fauves” », soulignent les membres des Archives Camoin, l’association qui s’attache à établir le catalogue raisonné du peintre. Mais en précisant aussitôt que « contrairement aux impressionnistes, il ne s’intéresse pas à l’effet atmosphérique ou aux raffinements de la perception rétinienne mais plutôt à l’agencement des formes et des plans dans l’espace perspectif, mettant ainsi en application la leçon de Cézanne qui lui conseille de “faire du Poussin sur nature” ».

Charles Camoin, Lola sur le balcon , 1920 - Huile sur toile, 33 × 41 cm - Collection particulière © Archives Camoin © ADAGP, Paris 2016.

Charles Camoin, Lola sur le balcon , 1920 – Huile sur toile, 33 × 41 cm – Collection particulière © Archives Camoin © ADAGP, Paris 2016.

Une peinture sensuelle
et spontanée

L’exposition du musée Granet rend bien compte de l’originalité de Camoin et de son indépendance d’esprit. Mis en regard des œuvres d’une dizaine de ses aînés, les quatre-vingts tableaux sélectionnés du « vaillant Marseillais », comme l’appelait Cézanne, permettent de saisir son tempérament. Une large place est faite à ses lumineux paysages méditerranéens saisis au fil de ses séjours dans le Midi et à Tanger – où il s’est rendu, en compagnie de Matisse, sur les pas de Delacroix. Mais les autres facettes de son œuvre ne sont pas négligées. Car Camoin excellait aussi dans les visages et nus féminins, ainsi que dans l’évocation du monde sulfureux des marges. Un talent vite reconnu par Cézanne – qui s’était exclamé : « Très fort pour peindre les boxons ! » Une remarque avisée qui révèle peut-être combien le plaisir figure au cœur d’une œuvre qui, après-guerre, s’est déployée dans « une peinture sensuelle, voluptueuse et spontanée ».

Camoin dans sa lumière

Jusqu’au 2 octobre 2016
Musée Granet, Aix-en-Provence
www.museegranet-aixenprovence.fr

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