Jean-Noël Bret présente son nouveau cycle de conférences d’histoire de l’art au sein de Leclere-Maison de ventes

Le 27 septembre 2015 par Mathilde Thibaud

JNBRETLundi 29 septembre, une conférence de Philippe Heuzé consacrée à Virgile inaugurera le nouveau cycle de conférence dhistoire de lart de Leclere-Maison de ventes. À cette occasion, nous avons rencontré Jean-Noël Bret, ancien enseignant à l’École des Beaux-Arts de Marseille et président de lAssociation euroméditerranéenne pour lhistoire de lart et lesthétique (AEPHAE), pour quil nous présente ce nouveau programme. Une belle occasion aussi d’évoquer la nécessité de mieux promouvoir lhistoire de lart auprès du grand public.

 

Jean-Noël Bret, comment lidée dorganiser des conférences au sein de Leclere-Maison de ventes est-elle née ?

Cette initiative, mise en œuvre depuis 2008, est née de ma rencontre avec Damien Leclere. Nous partagions une conviction commune, à savoir que l’histoire de l’art est insuffisamment enseignée France alors qu’elle a vocation à intéresser un large public. Lorsqu’il m’a proposé d’accueillir au sein de sa maison de ventes un programme de conférences sur l’art et l’histoire de l’art, j’ai tout naturellement accepté avec enthousiasme car cela s’inscrivait parfaitement dans les objectifs que je poursuivais, depuis longtemps déjà, avec la création l’Association euroméditerranéenne pour l’histoire de l’art et l’esthétique (AEPHAE). Depuis, nous avons invité plus de cent intervenants au sein de la maison de ventes : des historiens de l’art, bien sûr, mais aussi des conservateurs de musée, des experts, des philosophes, le plus souvent à l’occasion de la publication de leurs ouvrages. Le rythme est soutenu puisque nous organisons entre une et trois de ces « causeries-signatures » par mois.

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Or la salle est toujours comble !

Oui ! Et c’est la preuve que cette action répond à une vraie demande. Avec ces conférences, nous visons à combler un vrai manque parce qu’aujourd’hui, le grand public n’a malheureusement pas ou peu de repères en histoire de l’art. Pour s’en convaincre, il suffit d’ailleurs de demander à des bacheliers de vous citer les équivalents de Molière, Racine ou Hugo dans le domaine de la peinture ! La plupart du temps, ils restent cois, parce qu’à aucun moment de leur scolarité ils n’ont bénéficié d’un enseignement portant sur l’histoire de l’art. Cela handicape non seulement le développement de leur sensibilité artistique mais aussi leur capacité à comprendre le monde dans lequel ils vivent et donc à s’y situer. Il ne faut en effet pas croire que l’histoire de l’art est une discipline refermée sur elle-même. Au contraire, c’est une clef de compréhension de l’art mais aussi du monde. Elle donne du sens et des repères. Pour ne prendre qu’un exemple, le 26 octobre, nous recevrons Sabine Frommel, une historienne de l’art pour qu’elle nous parle l’apport d’André Chastel (ci-contre) à l’histoire de l’art. Or, l’œuvre d’André Chastel se situe précisément au croisement de l’histoire, de l’histoire de l’art et de l’histoire des idées. Pour Chastel, qui s’est particulièrement intéressé à la Renaissance, le fait artistique est l’un des témoins les plus révélateurs d’une civilisation. Je partage bien sûr tout à fait son avis.

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La première conférence de la rentrée illustre également ce propos et cette volonté douverture à dautres disciplines puisquelle est consacrée à Virgile

En effet, cette année, notre cycle sera inauguré, le 29 septembre, par une conférence de Philippe Heuzé qui n’est pas historien de l’art mais professeur de littérature à la Sorbonne nouvelle et spécialiste de Virgile qu’il a traduit, conjointement avec deux collègues, pour La Pléiade de Gallimard. Pour autant, cette conférence s’inscrit tout à fait dans notre démarche car l’œuvre de Virgile n’a jamais cessé, depuis deux mille ans, de nourrir la création littéraire, musicale et picturale. D’ailleurs Philippe Heuzé est également passionné par l’art de l’antiquité. Je me souviens de l’avoir invité, il y a quelques années, à un colloque, intitulé Le beau, le sublime et le kitsch. Il nous avait fait une remarquable conférence sur le kitsch dans l’art pompéien ! C’est l’un des intérêts majeurs de l’histoire de l’art que de nous inciter à établir des correspondances inédites et à découvrir des filiations parfois insoupçonnées par le néophyte.

71ZKDdD-eDLCela se vérifiera d’ailleurs certainement aussi avec la conférence que donnera, le 23 octobre, l’historien François Hartog. Cet helléniste vient en effet de publier un livre passionnant sur l’apport de la Grèce antique à la pensée occidentale. De Paul Valéry à Roy Lichtenstein ou Fustel de Coulanges, son ouvrage rappelle que les créations se situent toujours dans un héritage.

Depuis toujours, votre programmation veille aussi à mettre Marseille et le Provence à lhonneur. Est-ce également le cas dans ce nouveau cycle ?

Oui, car nous n’oublions jamais combien nous avons la chance de vivre dans une région tenant une place majeure dans l’histoire de l’art. Le 9 novembre, nous aurons ainsi la joie de recevoir Geneviève Blanc, afin qu’elle nous présente son ouvrage LEstaque, art et patrimoine, Chronique dune double histoire.
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Dans ce livre remarquable, elle met en relation l’Estaque d’aujourd’hui et les célèbres tableaux qui ont fait sa renommée mondiale. Elle présente à la fois des photos contemporaines, des cartes postales d’époque et des œuvres de Braque, Cézanne ou Renoir qui, au début du XXe siècle, sont tous tombés sous le charme de ce village. Ici encore, l’histoire de l’art nous conduira à porter un regard différent sur le monde et, en l’occurrence, sur notre environnement le plus immédiat. En mêlant art et histoire, l’auteur rappelle aussi la vie qui était celle des ouvriers de l’Estaque, notamment dans les tuileries, elle ressuscite le souvenir du tramway qui reliait Marseille à ce petit port, etc.

1507-1-1Enfin, de façon plus classique, lannée se terminera par une évocation de Nicolas Poussin par le philosophe Vincent Delecroix. Pourquoi ce choix ?

Lorsque vous entrez dans l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, vous passez entre deux bustes : celui de Pierre Puget et celui de Nicolas Poussin. Cela peut inciter à penser que Nicolas Poussin est une figure académique au sens de « conformiste »… Mais ce serait une grande erreur car si Poussin est bien sûr un classique, il est surtout, comme le rappelle Vincent Delecroix, l’inventeur du classicisme. En prendre conscience conduit donc à porter un regard différent sur ses œuvres et son apport majeur à l’évolution de la peinture. En l’espèce, le philosophe Vincent Delecroix nous parlera surtout de l’Arcadie, ce « pays de peinture » qu’a élaboré Nicolas Poussin, toile après toile, non comme une lubie d’artiste, mais pour répondre aux inquiétudes de son temps qui sont parfois encore les nôtres.

 

Programme du cycle de conférences
(septembre à décembre 2015)

29 septembre 2015 à 18 h
Parlez-nous de Virgile 
conférence et signature de Philippe Heuzé,
professeur émérite de littérature latine de l’université Paris III — Sorbonne Nouvelle

26 octobre 2015 à 18 h
André Chastel. Méthodes et combats d’un historien de l’art
conférence et signature de Sabine Frommel historienne de l’art, École pratique des hautes études

9 novembre 2015 à 18 h
L’Estaque, art et patrimoine
conférence et signature de Geneviève Blanc historienne de l’art et du patrimoine

23 novembre 2015 à 18 h
Partir pour la Grèce
conférence et signature de François Hartog historien, directeur d’études à l’EHESS

14 décembre 2015 à 18 h
Poussin. Une journée en Arcadie
conférence et signature de Vincent Delecroix philosophe, École pratique des hautes études

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