Jean-Baptiste Olive, « peintre marseillais de la couleur et du mouvement »

Le 3 avril 2015 par Christophe Blanc
Paysages provencaux

“Paysages Provençaux, de Loubon à Ambrogiani”, par Jean-Roger Soubiran, Editions Jeanne Laffitte, juillet 2013, 172 p.

Lors d’une vente de peintures programmée le 18 avril 2015, Leclere-Maison de ventes, propose une toile de Jean-Baptiste Olive représentant l’entrée du port de Marseille. Voici ce que disait Jean-Roger Soubiran, de l’artiste et de l’œuvre dans l’ouvrage Paysages provençaux de Loubon à Ambrogiani (Editions Jeanne Laffitte, 2013).

 

Jean-Baptiste Olive

Interprète passionné de la corniche marseillaise préférée par temps de mistral, avec des eaux bleues frangées d’écume, Jean-Baptiste Olive (1848-1936), « une organisation bouillante, robuste », tient selon Paul Martin, « une des premières places dans l’école marseillaise » (1), ce que confirme L’Homme blanc : « une seule de ses puissantes marines suffirait à éclipser toutes celles qui figurent en ce moment à l’exposition des Artistes Marseillais » (2).

Peintre de la couleur et du mouvement, Olive se détache de la tradition de la marine marseillaise inféodée à l’exemple de Vernet – Barry, Julien, Suchet – ou donnant de la Méditerranée, comme Raphael Ponson, l’image paisible et limpide qu’en attendait la presse du Second Empire. Aussi lui reproche-t-on parfois d’avoir forcé le réel. En 1878, dans L’Art, Eugène Véron critique sa marine exposée au Cercle Artistique, car « elle tranche sur les autres par l’exagération des tons bleus » (3). Mais, dans l’ensemble, son audace le place « au premier rang des peintres personnels » et ses tableaux, selon Javel, qui en dénonce « l’intensité parfois un peu outrée du coloris (…), se reconnaissent de très loin » (4). Jules Lemaître évoque sa « Marseille byzantine, d’un jaune rouge sous le ciel orageux » (4 bis).

Entree Port de Marseille (Olive)

« L’Entrée du Vieux-Port de Marseille », par Jean-Baptiste OLIVE (1848-1936). Huile sur toile, signée en bas à droite. 38 x 45 cm. Mise en vente 18 avril à Marseille, par Leclere-Maison de ventes. Estimation : 40 000 – 50 000 €. « L’Entrée du Vieux-Port de Marseille » est un motif de prédilection de l’artiste, comme en témoignent les multiples représentations qui émaillent le catalogue raisonné de Jean-Claude et Gérard Gamet (Marseille, Frébert,1977). Pour la vue plongeante, la touche fougueuse, les effets de lumière, Olive se réclame encore de son maître Antoine Vollon venu peindre le Vieux Port au cours de trois hivers marseillais (1879, 1880 et 1882) où il accueille dans son atelier plusieurs étudiants de l’école des beaux-arts déçus par l’enseignement officiel et qui, dès lors, le proclameront leur « patron » ou leur « père ». Citons, par ailleurs, cette remarque de Charles Bigot au Salon de Paris en 1889 : « Je crois le Midi beaucoup plus malaisé à peindre que le Nord. C’est un tour de force pour la peinture à l’huile de rendre la finesse et l’éclat de la pleine lumière. Si la touche manque de franchise, on fait un midi maussade et triste ; et si l’on force la note, si peu que ce soit, on tombe aussitôt dans la brutalité. L’incomparable charme des pays du soleil, c’est que, si violente que soit la lumière, si éblouissante même, grâce à la transparence et à la finesse de l’air, elle reste toujours harmonieuse. Les bleus, les rouges, les blancs et les ors les plus violents réussissent à s’y marier et à caresser le regard. Mais combien il est rare qu’un peintre parvienne à nous rendre cette impression ! […] M. Olive, dans son Coin de port à Marseille, a un peu versé, comme Montenard, dans la brutalité » (Charles Bigot, « Salon de 1889-VII », Le Siècle, 27 mai 1889, p.2.). Jean-Roger Soubiran

Exposant au Salon depuis 1874, disciple de Vollon à Paris, Olive obtient une première récompense en 1882 avec La plage du Prado par un temps de mistral, louée par Leroi dans L’Art et Havard dans Le Siècle (5). « On croirait que les flots du golfe méditerranéen roulent des charretées de violette », s’exclame Ponsonailhe à propos des Epaves de la Navarre (6).

L’artiste que recommandent une exécution ferme et sûre, une pâte grasse, une touche emportée, « de grandes qualités de coloriste » (7), l’éclat vif d’une lumière « aux reflets aveuglants » (8), et un effet franc, est souvent mis en parallèle avec Montenard, auquel nous le préférerons aujourd’hui pour la force incontestable et la justesse d’atmosphère que dégagent ses toiles.

Le point de vue élevé d’où il regarde souvent, tel un photographe, le Vieux Port de Marseille – ce qui déroute Brès (9) – et qui s’accuse avec Le Soir, Rade de Villefranche (Salon de 1892) ou les vigoureuses calanques d’En Vau, renouvelle la vision de la marine provençale. Avec Olive, le plan se relève comme chez Monet, le ciel se réduit à une bande, l’asymétrie japonisante et le vide central gagnent alors la page. Sa fougue et sa palette de plus en plus vivement colorée qui porteront l’artiste aux confins du fauvisme et en font, autour de 1900, un des premiers marinistes français, le mettent en porte-à-faux du naturalisme tempéré. Olive s’y inscrit toutefois par sa traduction sincère de la côte méditerranéenne observée par tous les temps entre Marseille et Gênes et par sa fidélité au Salon où il rêvait de décrocher la médaille d’honneur (10). »

Jean-Roger Soubiran

Professeur d’histoire de l’art contemporain à l’université de Poitiers (laboratoire CRIHAM), spécialiste de la peinture provençale, ancien directeur des musées de Cannes (1982 à 1984) et de Toulon (1984 à 1997).
Notes :
1 – Paul Martin, L’Exposition de la Société des Amis des Arts de Marseille de 1882, Marseille, Librairie Marseillaise, 1882, p. 167.
2 – L’Homme Blanc, le Salon Marseillais de 1893, Marseille, Imprimerie économique, 1893, p. 22, 23.
3 – Eugène Véron, « La Société des Amis des Arts de Marseille », L’Art, tome XIII, n°13 -15, p. 117.
4 – Firmin Javel, « Salon de 1887, 18è article », L’Art français n° 21, 18 septembre 1887, p. 4.
4 bis – Jules Lemaître, « Salon de 1887 », Journal des Débats, 28 mai 1887, p.2.
5 – Paul Leroi, « Salon de 1882 (suite) », L’Art, 1882, p. 235. – Henry Havard, « Le Salon de 1882 – La Peinture », Le Siècle, 3 juin 1882, p. 2. 6 – Charles Ponsonailhe, « Salon de 1886 – La Peinture », L’Artiste, 1886 p. 476.
7 – Paul Mantz, « Le Salon – VI », Le Temps, 17 juin 1888, p. 2.
8 – Alfred de Lostalot, « Salon de 1886, 1er article », Gazette des Beaux- Arts, 2ème période, 1886, p. 478.
9 – Louis Brès, « L’exposition de la Société des Amis des Arts au Cercle Artistique », Le Sémaphore, 19 mars 1882, p. 2.
10 – Emile Isnard, « Jean-Baptiste Olive, peintre marseillais », Bulletin officiel du Musée du Vieux Marseille, août – octobre 1936, p. 115.

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