Sarreguemines : une épopée industrielle et artistique

Le 27 février 2015 par Christophe Blanc
ALEXANDRE SANDIER

ALEXANDRE SANDIER (1843-1916) : grand panneau en céramique polychrome à décor de femme assise en bord de mer sur fond de soleil couchant dans un encadrement en ogive à décor de fleurs stylisées. Signé. H.: 183 cm. L.: 83 cm. Estimation : 12 000 – 15 000 €. Cette œuvre est proposée à la vente le 6 mars prochain à Marseille par Leclere-Maison de ventes.

Le 6 mars prochain, Leclere-Maison de ventes propose à la vente de belles pièces réalisées par les créateurs de la manufacture de Sarreguemines, notamment célèbre pour ses panneaux de céramiques de style art nouveau. C’est l’occasion de rappeler la belle épopée, à la fois industrielle et artistique, de cette entreprise emblématique d’un courant artistique soucieux de mettre l’art à la portée de tous.

En 1799, un jeune Bavarois, Paul Utzschneider rachète des parts d’une petite faïencerie d’une vingtaine d’ouvriers installée à Sarreguemines, sur les rives de la Sarre. Grâce aux connaissances techniques et à l’instinct entrepreneurial de son nouvel associé, la petite manufacture ne tarde pas à prendre un nouvel essor, également favorisé par le blocus de l’Angleterre alors principal fournisseur de faïences en Europe.

Dès 1812, la société Fabry Utzschneider et compagnie emploie près de 200 ouvriers qui s’affairent autour de 7 fours à bois. Surtout, la qualité croissante de ses productions lui permet de séduire de prestigieux clients, tel l’Empereur Napoléon Ier qui acquiert des vases en grès polis imitant la pierre dure. Tout au long du XIXe siècle la manufacture, ensuite dirigée par Alexandre de Geiger puis par son fils Paul connaît une expansion constante. Dans les années 1870, Paul ouvre de nouvelles usines à Digoin et Vitry-le-François. Les fours à bois ont été depuis longtemps remplacés par des fours à houille, plus performants et l’entreprise compte quelque 3000 employés !

Vers 1880, à l’approche de l’Art nouveau, la maison réalise déjà nombre de cheminées et poêles spectaculaires puis devient spécialiste de grands panneaux décoratifs de céramiques sur les thèmes au goût du jour, alternant orientalisme, symbolisme ou scènes de genre. En effet, à cette époque, l’architecture utilise volontiers la céramique pour décorer l’intérieur des édifices. Les panneaux se multiplient dans les gares, les stations thermales, les brasseries, mais aussi les salons bourgeois…

Sarreguemines

270 SARREGUEMINES : important tryptique décoratif en carreaux de céramique polychrome à décor d’une scène animée de Cléopâtre allongée sur fond de pyramides. Monogramme de la manufacture. Vers 1900. H.: 160 cm. L.: 203 cm. Estimation : 30 000 – 35 000 €. Pièce proposée à la vente, le 6 mars 2015 à Marseille, par Leclere-Maison de ventes.

L’atelier de décoration de la manufacture est installé dans des bureaux à Paris, mais l’exécution est réalisée à Saint-Maurice, à proximité du bois de Vincennes. Dans un souci d’excellence, la société fait volontiers appel à des artistes extérieurs à la maison comme Eugène Martial Simas qui exécute entre autres un panneau pour les biscuits Petit Lu lors de l’Exposition universelle de 1900, et surtout Alexandre Sandier.

Après un séjour aux États-Unis, ce décorateur et architecte talentueux s’installe, en 1882 à Paris où il conçoit un grand nombre de panneaux pour la manufacture de Sarreguemines. Il sera ensuite nommé directeur artistique de la manufacture de Sèvres, composant un grand nombre de modèles encore appréciés de nos jours. On peut ainsi admirer à « La piscine », le musée d’art et d’industrie de Roubaix, un portique créé en 1913 pour l’Exposition internationale de Gand.

Toutefois, la contribution de la manufacture de Sarreguemines à l’épopée de l’Art nouveau ne se limite pas à la réalisation de ces somptueux panneaux. Soucieuse de « coller » aux goûts de son temps, elle entreprendra aussi de produire, sur un mode industriel, de nombreux objets aux lignes courbes inspirés des canons esthétiques de l’époque. Certains y voient la manifestation des contradictions insurmontables d’un mouvement ayant souhaité tout à la fois réhabiliter l’artisanat et mettre l’art à la portée de tous. Ils sont en tout cas des témoignages émouvants d’une société soudain saisie tout entière par le souci du beau.

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