Émile Gallé, « génie du verre », industriel d’art et figure de proue de l’Art nouveau

Le 27 février 2015 par Christophe Blanc
Emile Galle

ÉMILE GALLÉ (1846-1904) : Verrine en verre mélangé à marbrures dans les tons de jaune et gris, montée en veilleuse sur base en bronze ciselé. Signature en intaille. H.: 15,5 cm. Estimation : 4 000 – 5 000 €. Pièce proposée à la vente par Leclere-Maison de ventes, le 6 mars 2015, à Marseille.

Le 6 mars prochain, Leclere-Maison de ventes propose à la vente de belles pièces de style art nouveau réalisées par Émile Gallé, figure de proue de l’Ecole de Nancy.

Lorsqu’en 1874, Émile Gallé (1846-1904) reprend la faïencerie créée par son père, il affirme d’emblée son goût pour l’innovation. Enfant de l’art et du commerce, il met en œuvre les nouvelles techniques de travail du verre acquises auprès des émailleurs et verriers rencontrés lors de ses séjours dans différents ateliers français et européens, et présente à l’Exposition Universelle de 1878 un pavillon en tant qu’« industriel d’art ». Artiste mais aussi entrepreneur infatigable, il fait même installer au centre de la halle une pièce lui permettant de rester en contact permanent avec l’usine en activité !

Parallèlement, afin de rentabiliser son entreprise, il a l’idée de lancer la production de pièces industrielles à la fois belles et simples. En recourant à la technique de la gravure à l’acide, il réalise ainsi de grandes séries de vases et lampes en verre à deux ou plusieurs couches à décor floral ou de paysages, souvent vosgien. Bien que répétitive, cette production n’en est pas moins exécutée entièrement à la main, ciselée et polie à la sortie du bain, ce qui permet pour des pièces de même modèle d’avoir des rendus toujours légèrement différents.

Cependant ces productions ne résument pas son travail. À côté des grandes séries, il laisse libre cours à sa créativité et à son tempérament d’artiste en réalisant des pièces plus ambitieuses au moyen de techniques plus élaborées. Après l’émaillage qu’il abandonne avant le tournant du siècle, il approfondit les techniques de gravure au touret, à la roue ou à la molette, inventant même ses propres instruments afin de ciseler en profondeur les différentes couches du verre.

Sa passion pour l’innovation reste insatiable tout au long de sa carrière. Il cherche ainsi à retrouver dans le verre la matière naturelle des quartz, des jades, des agates et autres pierres. Il mélange des oxydes auxquels il incorpore des filaments colorés, des brins d’amiante, et bien d’autres salissures. Il parvient également à provoquer artificiellement des fêlures et des craquelures avant de peaufiner le procédé dit « de l’application ». Ce dernier permet de poser sur le verre encore chaud un morceau qui sera ensuite retravaillé à la roue, ou juste appliqué dans une forme prédéterminée. Il invente aussi la technique de la marqueterie, apparentée à celle du bois, en fixant dans la matière incandescente des lamelles de verre prédécoupées qu’il inclut dans des espaces auparavant creusés ou dégagés. Une véritable prouesse technique tant chaque manipulation risque de fêler ou briser le verre…

En jouant de ces multiples effets, parfois sur une seule et même pièce, Émile Gallé a prouvé qu’il n’était pas seulement un « industriel d’art » mais un authentique « génie du verre » et une figure de proue de l’Art nouveau.

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