Le japonisme, annonciateur de l’Art nouveau

Le 27 février 2015 par Christophe Blanc
GABRIEL VIARDOT (1830-1906) : cabinet de forme bombée en bois teinté acajou à décor «chinois-japonais», ouvrant à deux portes garnies d'un motif en laiton et étagères asymétriques en partie haute surmontées d'un dragon en bronze doré. Attribué à  repose sur une tablette assortie. H.: 170 cm. L.: 56 cm. P.: 30 cm. Estimation :  4 000 - 5 000 €. Pièce mise en vente, le 6 mars 2015, à Marseille, par Leclere-Maison de ventes.

GABRIEL VIARDOT (1830-1906) : cabinet de forme bombée en bois teinté acajou à décor «chinois-japonais», ouvrant à deux portes garnies d’un motif en laiton et étagères asymétriques en partie haute surmontées d’un dragon en bronze doré. Attribué à repose sur une tablette assortie. H.: 170 cm. L.: 56 cm. P.: 30 cm. Estimation :
4 000 – 5 000 €. Pièce mise en vente, le 6 mars 2015, à Marseille, par Leclere-Maison de ventes.

Le 6 mars prochain, la maison Leclere organise une vente d’Art nouveau au cours de laquelle seront également présentées de belles pièces illustrant l’influence de l’art japonais sur les artistes et décorateurs européens. Un choix judicieux car, dans le dernier quart du XIXe siècle, le “japonisme” a préparé l’avènement de l’Art nouveau dont il a été une source d’inspiration.

C’est Philippe Burty, critique d’art avisé mais aussi grand amateur de curiosités et d’objets d’art en provenance du Japon, qui forge le terme de « japonisme », à l’occasion d’une série d’articles publiés en 1872 dans La Renaissance littéraire et artistique. À cette époque, l’intérêt pour les créations venues d’Extrême-Orient n’est certes pas une nouveauté radicale. Dès le XVIIIe siècle, on s’est enthousiasmé pour les panneaux de laque parfois appliqués sur des meubles de grands ébénistes, ou pour les vases de porcelaine montés en France avec des ornementations rocaille. Mais en raison de relations diplomatiques difficiles entre l’Europe et le Japon, il faudra attendre le milieu du XIXe siècle pour que, les tensions s’apaisant, l’intérêt pour le Japon prenne son véritable essor.

C’est d’abord Félix Bracquemond qui fait exécuter pour Eugène Rousseau un service inspiré des estampes animalières d’Hokusai et de ses disciples. Puis une première boutique de « curiosités japonaises » s’installe rue de Rivoli. Ensuite, lors de l’Exposition universelle de 1867 à Paris, on découvre, avec Utamaro, Hiroshige et bien d’autres, l’art de l’estampe, qui va bientôt passionner des artistes comme Monet, Degas et plus tard Van Gogh qui en fera même le commerce.

Durant une décennie, les échanges s’intensifient, des marchands comme Siegfried Bing s’installent dans la capitale après de nombreux voyages au Japon, afin de proposer des pièces toujours plus convoitées. Des collections se créent dont celles des frères Goncourt, d’Henri Cernuschi ou d’Émile Guimet.

MAISON ALPHONSE GIROUX À PARIS : paire de candélabres en bronze doré à décor japonisant de vases ajourés surmontés de branches à l'imitation du bambou. Signés. Estampillés. H.: 36 cm. Estimation : 3 000 - 4 000 €. Pièce mise en vente, le 6 mars 2015, à Marseille, par Leclere-Maison de ventes.

MAISON ALPHONSE GIROUX À PARIS : paire de candélabres en bronze doré à décor japonisant de vases ajourés surmontés de branches à l’imitation du bambou. Signés. Estampillés. H.: 36 cm. Estimation : 3 000 – 4 000 €. Pièce mise en vente, le 6 mars 2015, à Marseille, par Leclere-Maison de ventes.

C’est toutefois lors de l’Exposition universelle de 1878 que le Japon devient la véritable vedette. Couvrant tous les domaines de l’art, le style japonais envahit aussi bien la céramique et la verrerie que les arts plastiques et tout particulièrement le mobilier. Plusieurs ensembliers, ébénistes ou décorateurs vont en effet contribuer, par leurs créations, à cette mode orientalisante. Le plus spécialisé fut Gabriel Viardot et ses inquiétants dragons, mais d’autres créateurs comme Perret et Vibert, Duvinage ou Lièvre ajoutèrent leur touche d’exotisme à ce mouvement spontané. Même la prestigieuse maison Majorelle présenta à l’Exposition un important piano en laque décoré de personnages et d’attributs mélangeant Chine et Japon, aujourd’hui visible au musée de l’École de Nancy.

En l’espace de quelques années seulement, le japonisme a réussi à conquérir ses lettres de noblesse. En 1883, le critique et collectionneur Louis Gonse organise une rétrospective consacrée à « l’art japonais à Paris » et publie son ouvrage L’art japonais devenu une référence, tandis qu’en 1888, Siegfried Bing fait paraître Le Japon artistique, une revue de grande qualité qui ne sera cependant éditée que trois années. Car bientôt Bing, comme les autres amateurs éclairés de son temps, se sont trouvé un nouveau motif d’enthousiasme : l’Art nouveau.

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