Domaine de la Romanée Conti : huit siècles d’excellence

Le 10 février 2015 par Christophe Blanc
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Bouteille Romanée-Conti 1995, mise en vente le 14 février 2015 à Marseille par Leclere-Maison de ventes (estimation : 6300 – 6800 €).

Samedi 14 février 2015, dans le cadre d’une vente dédiée aux vins et spiritueux, Leclere-Maison de ventes met aux enchères deux bouteilles de Romanée-Conti, l’une de 1995, l’autre de 2006. Un événement en soi, car ce vin d’exception est le plus rare au monde.

Dans son Dictionnaire amoureux du vin, Bernard Pivot raconte que certains amateurs distingués attendent des années avant d’arriver à s’en procurer un flacon. Lui-même n’a pu toucher que deux fois – et du bout des lèvres – le Graal de la Romanée Conti.

Un domaine créé par les Bénédictins

Le légendaire domaine bourguignon naît au XIIe siècle, lorsque les moines bénédictins délimitent le précieux terroir et le font fructifier pour les besoins de l’eucharistie. Ce faisant, raconte l’historien du vin Roger Dion, « les moines bourguignons posent les principes de la viticulture d’excellence et découvrent les “climats” qui feront la renommée des grands vins de Bourgogne ».
La parcelle, initialement nommée le cros de Clous, prend le nom de Romanée en 1631. Lors de sa vente, en 1760, le prince de Conti l’arrache à Mme de Pompadour, qui lui en voudra toute sa vie. Le domaine n’est baptisé Romanée-Conti qu’en 1793, lorsque les révolutionnaires le mettent en vente comme bien national.
Pour Bernard Burtschy, meilleur sommelier du monde (1987), « les maîtres mots de la Romanée Conti sont sélection et expérimentation » : sélection des raisins, travaillés en biodynamie depuis les années 1950, ramassés par tries successives et à la main ; mais aussi sélection et expérimentation des cuvées. « Tout ce qui n’est pas parfait est rejeté », raconte Bernard Burtschy : un cru légendaire n’a pas droit à l’erreur.
Le domaine ne commercialise que des grands crus. En dehors du célèbre montrachet (3 000 bouteilles seulement), unique grand cru blanc, le domaine offre – façon de parler – huit grands crus rouges : la Romanée Conti, qui a donné son nom au domaine, la Tâche, Richebourg, Romanée-Saint-Vivant, Grands Echézeaux et Echézeaux, qui proviennent tous de parcelles microscopiques et élaborés avec le même cépage, le pinot noir.

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Bouteille Romanée-Conti 2006, mise en vente le 14 février 2015 à Marseille par Leclere-Maison de ventes (estimation : 6000 – 6500 €).

Seulement 4000 bouteilles par an…

Le cru le plus mythique est, évidemment, la Romanée-Conti elle-même, nectar issu d’une minuscule parcelle de 1 hectare, 80 ares et 50 centiares dont la surface est inchangée, au centimètre près, depuis 1580. Elle donne, bon an, mal an, 4 000 précieuses bouteilles.
Les privilégiés qui parviennent à passer commande reçoivent un assortiment vendu dans une caisse de douze unités, en proportion de la production du domaine. « Mais il est inutile de téléphoner », prévient Burtschy : « Tout est vendu d’avance, réservé depuis fort longtemps par les clients réguliers du monde entier. Il est impossible d’obtenir le moindre flacon, quel que soit le prix. » Aubert de Villaine, héritier et co-gérant du domaine, explique : « Je suis malheureusement obligé d’être drastique, nous n’avons pas le choix tant la demande excède l’offre et nous sommes tout autant contraints de restreindre l’accès au domaine ».
Pour Enrico Bernardo, meilleur sommelier du monde (2004), « les crus de la Romanée-Conti sont des vins qui m’ont réellement transporté. Je pèse mes mots. En les goûtant, je n’étais plus avec les gens autour de moi, j’étais ailleurs. Cela m’est arrivé cinq ou six fois dans ma vie. Lorsqu’on déguste un vin, on se pose en permanence des questions. Ces vins-là m’ont apporté des réponses totalement inédites dans ma vie de dégustateur. »

Une place à part dans le panthéon des grands vins

Son confrère Bernard Burtschy complète : « La Romanée-Conti donne un vin aérien, tout en délicatesse, qui défie à la fois tous les critères œnologiques et tous les dégustateurs, beaucoup ne la comprennent pas, ce qui la place tout à fait à part dans le panthéon des grands vins, mais sur la plus haute marche. Priorité à l’esprit de finesse. » La question du tarif (certaines bouteilles peuvent atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros) se pose dès lors différemment : si l’acquisition d’une bouteille de Romanée Conti garantit l’émerveillement d’une expérience unique, force est d’avouer que la perfection n’a pas de prix.

 

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