Andrea Branzi : un design expérimental pour “rendre l’univers plus accueillant”

Le 21 janvier 2015 par Olivia Brissaud
Tronchi

Andrea Branzi, Bibliothèque Tronchi Bois, laiton 203 x 95 x 41 cm. Edition à 6 exemplaires Superego, 2010. Proposée à la vente le 2 février 2015 par Leclere-Maison de ventes.

Alors qu’une première rétrospective consacrée à l’italien Andrea Branzi se tient depuis octobre dernier au musée des Arts décoratifs de Bordeaux, la maison de ventes Leclere à Marseille présentera, lors de la vente « Design » du 2 février prochain, deux pièces emblématiques de cet architecte et designer issu du mouvement radical italien. Il s’agit de deux bibliothèques, l’une dite « Magnolia Acier et verre » et l’autre « Tronchi Bois et laiton » qui sont caractéristiques du langage conceptuel de l’artiste, précurseur dans la réalisation de pièces hybrides qui allient technologie et éléments naturels. La première de forme pyramidale est couronnée de feuilles de magnolia et la seconde utilise le bois à son état brut comme élément essentiel et pilier de la composition.

Grand théoricien de l’architecture radicale et acteur de collectifs comme Alchimia puis Memphis, Andrea Branzi contribue à l’émancipation du design, aussi bien dans la multiplicité de formes que dans la liberté d’expression. Outre ses réflexions sur l’espace domestique au cœur de la cité moderne, ce designer refuse la série industrielle et les productions standardisées, qui effacent la « dimension poétique », et voit dans l’objet un outil conceptuel chargé de valeur émotionnelle. Il préfère donc l’artisanat où l’œuvre prend une réelle dimension autonome, expérimentant différents langages visuels. « Comme quelqu’un qui fait de la physique expérimentale dans son laboratoire, […] mon travail se développe autour de la recherche, de l’expérimentation sur des objets qui ne sont pas destinés à une production industrielle, mais à une réflexion sur le rôle de l’objet dans la ville », explique-t-il.

Magnolia

Andrea Branzi. Bibliothèque Magnolia Acier, verre Sticker de l’éditeur 200 x 208 x 50 cm. Memphis, 1985 Référence: – Memphis Milano, catalogue de vente, 1985, p. 4. Mise en vente le 2 février 2015 par Leclere-Maison de ventes.

En 1982, il fonde la Domus Academy, première école post-universitaire de design, et propose l’étude d’un « design d’ambiance » qui au-delà de l’aspect usuel revêt une valeur affective. Les objets et leur design sont donc des miroirs de la société qui se transforme et la portée émotionnelle qu’ils renvoient est en fait plus importante que leur fonction même. Prenant ses distances avec la modernité de l’époque, il défend la décoration comme création culturelle essentielle et donne son élan à l’expression et à la communication. Il s’attache ainsi à réaliser ces petits objets qui « entrent dans l’espace domestique pour changer vraiment la qualité de la vie » et deviennent « des présences amicales ».

Ces productions composées de matériaux industriels et de branches ramassées dans la forêt ou de plantes diverses jouent sur le rapport de l’objet à la nature. Cependant Andrea Branzi ne se revendique ni écologiste, ni adepte du mouvement primitif. Il s’attache simplement à questionner les relations entre l’objet et son environnement, composant avec la rapide évolution des codes et l’apparition de multi-culturalités. Ces assemblages, s’ils sont inédits pour l’époque, sont depuis maintes fois repris par les nouveaux designers. Et Andrea Branzi de conclure : « J’ai toujours été fasciné par ces segments de nature qui continuent à dégager une grande force expressive, plus puissante encore quand ils sont associés à des matériaux modernes, parfaits et industriels ; ils se transforment en une présence mystérieuse toujours différente, unique, presque sacrée ».

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