Dessins français du Grand Siècle : les trésors de la BnF dévoilés

Le 4 juillet 2014 par Olivia Brissaud
Pierre-Paul Sevin, Composition funéraire pour Marie-Thérèse d'Autriche, almanach pour 1684, Plume, encre brune, lavis gris

Pierre-Paul Sevin, Composition funéraire pour Marie-Thérèse d’Autriche, almanach pour 1684, Plume, encre brune, lavis gris

Retour sur l’exposition “Dessins français du XVIIe siècle”, présentant les collections du département des Estampes et de la photographie de la BnF, qui s’est tenue du 18 mars 2014 au 15 juin 2014.

La Bibliothèque nationale de France a offert ce printemps un magnifique panorama des arts graphiques au XVIIe siècle en exposant plus de cent dessins français enrichis d’une cinquantaine d’estampes ; ces œuvres, dont certaines inédites et exposées pour la première fois étaient conservées au département des Estampes de la Bibliothèque du roi depuis le règne de Louis XIV. Dans un parcours très didactique et chronologique d’Henri IV à Louis XIV, les commissaires d’exposition avaient choisi de confronter les esquisses de peintres réputés avec divers dessins préparatoires et gravures. L’exposition revenait également sur plusieurs axes thématiques comme les portraits, les almanachs, les projets d’architecture, les images satiriques et dessins de « mode », mettant en valeur cette génération de peintres et dessinateurs-graveurs moins connus de nos jours. Une présentation ambitieuse donc qui permettait d’embrasser la diversité des domaines de création au XVIIe siècle et de faire dialoguer peintures et gravures.

Martin Freminet. Sibylle d'Erythree, plume et encre brune, lavis brun, rehauts de blanc (©BnF, departement des Estampes et de la Photographie).

Martin Fréminet. Sibylle d’Erythrée, plume et encre brune, lavis brun, rehauts de blanc (©BnF, departement des Estampes et de la Photographie).

Le renouveau artistique
et le chantier de Fontainebleau
sous Henri IV

Lorsqu’Henri IV reprend possession de la ville de Paris en 1594, après un long siège qui mit fin aux guerres de Religions, le royaume est dans un état délabré. La royauté mène alors une importante politique d’encouragement des arts faisant venir des artisans flamands qui développent les manufactures de soie et de tapisseries dans la capitale. Une nouvelle génération d’artistes peut se distinguer sur le chantier du Louvre et des autres maisons royales avec l’émergence de la seconde école de Fontainebleau brillamment représentée dans l’exposition par Toussaint Dubreuil et ses suiveurs.

Ce peintre du roi, habile dessinateur et graveur, est célèbre pour ses œuvres maniéristes dont on pouvait admirer certains travaux préparatoires comme l’Apollon vainqueur du serpent Python, projet de décor de voûte. La participation d’Ambroise Dubois, illustre décorateur de la chambre de la Reine à Fontainebleau, était aussi évoquée par une étude « de la figure de Dieu le père », ainsi que Martin Fréminet, qui récupère la charge de premier peintre à son retour d’Italie et fait preuve de sa virtuosité dans le décor de la Chapelle de la Trinité du château : une étude pour La sibylle d’Érythrée, sujet à la fois mythologique et religieux, frappe par sa qualité d’exécution et les expressions marquées des corps et des visages.

Daniel Rabel (1578-1637) Homme barbu vu en buste de face. Plume et encre brune. BNF

Daniel Rabel (1578-1637) Homme barbu vu en buste de face. Plume et encre brune. BNF

Propagande royale
et influence italienne sous Louis XIII

À cette époque, les arts graphiques sont un moyen privilégié pour la monarchie de communiquer sur les grandes actualités comme l’illustre Le Sacre de Louis XIII à Reims le 17 octobre 1610 par François Quesnel, peintre parisien actif à la Cour qui se spécialise dans les portraits dessinés au crayon. Les artistes reprennent en effet la mode du portrait aux « trois crayons » pour représenter les membres de la famille royale et autres personnages de la Cour : la pose souvent naturelle et spontanée reflète autant les traits que l’état intérieur du sujet. Le roi s’essaie lui-même au portrait au pastel comme en témoigne un Portrait d’homme provenant de la collection du comte de Caylus. Parmi les portraits les plus notoires, il faut retenir cet Homme barbu de Daniel Rabel (1578-1637), jeune prodige qui réalise ce portrait à l’encre brune à l’âge de 13 ans.

Au cours du règne, les artistes français installés en Italie sont invités à rentrer pour satisfaire les commandes royales et rapportent avec eux ce goût de l’antique, des fantaisies théâtrales et des nouveautés picturales des Carrache et du Caravage. Ils se divisent dans les deux grands ateliers de la capitale.

Atelier de Simon Vouet, Femme nue allongee sur un lit, Pierre noire avec rehaut de craie blanche, BnF

Atelier de Simon Vouet, Femme nue allongée sur un lit, Pierre noire avec rehaut de craie blanche, BnF.

Celui du peintre Simon Vouet est ainsi un lieu de formation reconnu dans les années 1630-1632 ; l’on s’y attache à l’étude anatomique d’après modèle, se détournant du maniérisme ambiant comme le témoigne cette Jeune femme nue allongée sur un lit. Michel Corneille, Eustache Le Sueur et François Perrier, fidèles collaborateurs s’inspirent également de ce style dans leurs dessins aux figures très modelées. On peut ainsi souligner la rareté du portrait d’Homme drapé d’Eustache le Sueur qui traite la lumière d’une manière exceptionnelle.

Pierre Brebiette, A laver la teste d'un Asne on ne pert que la lessive. Sanguine BnF, département des Estampes et de la photographie

Pierre Brebiette, A laver la teste d’un Asne on ne pert que la lessive. Sanguine BnF, département des Estampes et de la photographie

Le courant d’inspiration maniériste lui s’épanouit avec des figures comme Jean de Saint-Igny ou Pierre Brebiette à qui l’on doit une composition originale et satirique avec cette sanguine : “A laver la teste d’un Asne on ne pert que la lessive”. Les graveurs à l’eau-forte, parmi lesquels Jacques Callot à qui l’on doit l’invention du vernis dur, étaient aussi largement représentés en cette période où l’estampe devient un moyen d’expression approprié pour des projets de tapisseries, médailles et divers modèles pour les fêtes royales.

Le règne de Louis XIV :
la personnalité de Charles Le Brun
et une diversification des sujets

Charles Le Brun (1619-1690), premier peintre de Louis XIV, grand décorateur et ordonnateur des entreprises artistiques royales, a produit un ensemble exceptionnel d’études au cours de sa carrière. Pour cette exposition, la Bnf avait réuni 17 dessins de l’artiste réalisés essentiellement à ces débuts : différents essais pour la gravure comme L’Espoir de la France et L’Oblation du dauphin célébrant la naissance de Louis XIV en 1638 et des travaux préparatoires méconnus ainsi que des études à la sanguine qui témoignent de l’extrême dextérité de Le Brun. On pouvait remarquer la délicate sanguine d’un Homme drapé et le dessin Louis XIII, Anne d’Autriche, le dauphin enfant et le petit duc d’Anjou, disposé en parallèle d’une pièce de la Manufacture de la Savonnerie Louis XIII et sa famille (collections du Mobilier national). L’influence de Le Brun fut visible chez les jeunes peintres présents sur les chantiers royaux comme Charles de La Fosse et Jean Jouvenet qui démontrent un sens du coloris proche des Vénitiens annonçant les débats de la fin du siècle.

D’abord portraitiste au pastel, Robert Nanteuil graveur et dessinateur du roi, illustre quant à lui sur le papier le règne de Louis XIV. Avec plusieurs graveurs, comme Israël Silvestre ou Nicolas Cochin, ils reçoivent directement des commandes du roi, que ce soit pour représenter les « Maisons royales » ou grands événements du règne. Cette collection royale d’estampes, conservée au Cabinet du roi, sert d’ailleurs régulièrement pour les cadeaux diplomatiques. La plupart reprennent des hauts faits de guerre comme ce dessin préparatoire de Louis Richer, Louis XIV accordant la paix aux nations de l’Europe, et sont utilisées comme outils de propagande. Frans Van der Meulen est quant à lui chargé de relever les vues de places fortes conquises par le roi et réalise des vues topographiques à l’aquarelle qui font preuve d’une réelle indépendance stylistique. Les dessins d’architecture présentés reflètent également les ambitions de la monarchie : Mazarin commande ainsi un projet pour la Trinité-des-Monts à François d’Orbay et Colbert fait travailler François Mansart sur les travaux d’une chapelle des Bourbons à Saint-Denis. L’estampe a également immortalisé les décors éphémères pour des cérémonies royales.

L’exposition s’attache aussi aux productions artistiques plus courantes comme les almanachs, précieux témoignages sur la société de l’époque. Ces grandes estampes alliant un calendrier et une illustration à la gloire du règne étaient affichées sur les murs des demeures ; elles sont d’autant plus rares aujourd’hui qu’elles étaient souvent jetées une fois l’année passée Avec le développement de l’édition, les sujets de gravures sont multiples : on pouvait ainsi découvrir avec cette exposition les figures « de modes » du XVIIe siècle, sujets de prédilection de la famille Bonnard et d’autres graveurs comme Abraham Bosse et de Jean de Saint-Igny. Les derniers vêtements à la mode étaient ainsi présentés sur des mannequins inspirés du monde du théâtre et de la danse et imprimés chez des graveurs-éditeurs comme Nicolas Ier Larmessin.

Le mérite de cette exposition résidait donc dans sa profonde originalité et une grande diversité de genres, permettant d’englober une large partie de la production graphique du XVIIe siècle et réhabilitant de nombreux artistes encore trop peu estimés dont on peut admirer le talent et la technique à travers cet ensemble exceptionnel très justement remis à la disposition du public.

 

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