L’aventure de Chandigarh : un mobilier emblématique du mouvement moderne

Le 22 avril 2014 par Christophe Blanc
Fauteuil fauteuil "Committee chair", en cuir et teck, réalisé par Pierre Jeanneret pour la Cité administrative de Chandigarh. Cette pièce est mise en vente le 28 avril 2014 par Leclere-Maison de ventes, à Marseille.

Fauteuil “Committee chair” en cuir et teck, réalisé par Pierre Jeanneret pour la Cité administrative de Chandigarh. Cette pièce est mise en vente le 28 avril 2014 par Leclere-Maison de ventes, à Marseille.

Le 28 avril prochain, Leclere-Maison de ventes organise à Marseille une vente consacrée au design comprenant de nombreux meubles de Pierre Jeanneret réalisés pour la cité administrative indienne de Chandigarh à la conception de laquelle il travailla conjointement avec son cousin Charles-Edouard Jeanneret, dit Le Corbusier. Une excellente occasion de revenir sur l’histoire de cette cité administrative indienne devenue l’un des haut-lieu de l’histoire de l’architecture et du design.

En 1947, l’Inde devenue indépendante doit réorganiser l’administration de son immense territoire. Il lui faut notamment doter la province du Penjab d’une nouvelle capitale car l’ancienne se situe désormais en territoire pakistanais. Le choix se porte sur Chandigarh, un village au nom prédestiné car il signifie « lieu-de-la déesse-du-pouvoir ». C’est le point de départ d’une incroyable aventure de l’architecture et du design.

Une page blanche
architecturale à écrire

Il s’agit en effet d’édifier, à partir de rien ou presque, une cité administrative reflétant la fierté retrouvée du peuple indien et la modernité du nouvel Etat. Après avoir approché l’architecte américain Albert Mayer, le choix du Premier minsitre Jawaharlal Nehru se porte finalement sur Charles-Edouard Jeanneret, dit Le Corbusier. Pour cette sommité du mouvement moderne, c’est bien sûr une opportunité inédite et excitante de mettre en œuvre ses théories novatrices en matière d’architecture, d’urbanisme et de design.
Le chantier est immense, si bien qu’il fait aussitôt appel à ses camarades du Congrès international d’architecture moderne (CIAM) et tout partiuclièrement à son cousin Pierre Jeanneret pour l’épauler. Les deux hommes se connaissent bien et partagent une même conception de l’architecture. En 1926 déjà, ils avaient publié ensemble un manifeste intitulé « Cinq Points vers une Nouvelle Architecture » qui servira ensuite de ligne de conduite à leur esthétique architecturale.

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Rare suite de deux chauffeuses dites “Kangourou”, en teck et moelle de rotin, réalisées par Pierre Jeanneret pour la cité de Chandigarh. Elle est mise en vente, le 28 avril 2014, à Marseille, dans le cadre d’une vente dédiée au design.

Une création héroïque,
un projet mystique

L’un et l’autre ont conscience que l’ampleur du projet nécessite un engagement sans faille. « Il faut être décidé à ne rien gagner, à donner tout son temps, tout son coeur, toute son énergie, tout son savoir et par dessus le marché, il faut réadapter ce savoir à l’étiage tropical. Il faut tout donner. Il faut même admettre la possibilité des échéances dramatiques.La distance double les difficultés. Le climat est admirable, héroïque et parfois écrasant », écrit Le Corbusier.
À certains moments, sa mission prend même des allures d’épopée mystique. A propos d’un bâtiment, l’architecte se félicite ainsi qu’il « se prêtera à d’éventuelles fêtes solaires rappelant aux hommes une fois l’an qu’ils sont fils du soleil ; ce qui est parfaitement oublié dans notre civilisation déchaînée et écrasée d’absurdités et très particulièrement son architecture et son urbanisme ». Pour Le Corbusier et ses collaborateurs, la ville nouvelle de Chandigarh est une création totale dans laquelle le moindre détail est pensé.

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Suite de deux commodes en teck, réalisées par Pierre Jeanneret pour la cité administrative de Chandigarh. Elles font partie des lots proposés à la vente le 28 avril 2014 par Leclere-Maison de vente.

Un projet total
de l’urbanisme au mobilier

Pourtant, alors que le projet est en cours de réalisation, Le Corbusier s’en désengage progressivement jusqu’à passer entièrement la main à Pierre Jeanneret. On imagine qu’il l’a fait en toute confiance car ce dernier ne partage pas seulement les idées de son illustre cousin. Il fait preuve de la même exigence et du même souci du détail.
Pour Pierre Jeanneret comme pour Le Corbusier, les projets forment un tout indissociable des plans d’urbanisme jusqu’au mobilier. Tout en prenant les fonctions d’Architecte en chef et de concepteur du développement urbain, Pierre Jeanneret crée donc une ligne complète de mobilier destinée à équiper les bâtiments de la cité. Elle comprend fauteuils, chaises, banquettes, tables, bureaux…

Paire de tabourets en teck, métal, réalisé par Pierre Jeanneret . Ils sont proposés à la vente le 28 avril 2014 à Marseille parmi d’autres pièces réalisées pour la cité administrative de Chandigarh.

Une élégante sobriété

Comme l’explique Romain Coulet, responsable du département design de LECLERE-Maison de ventes, « les meubles dessinés par Pierre Jeanneret se signalent par leur élégante sobriété. Ce sont des créations épurées spécialement conçues pour recourir au savoir-faire et aux matériaux locaux comme le teck massif. Ils se caractérisent toutefois par des formes en X, en U ou en V qui trahissent le recours à d’autres sources d’inspiration ». Pierre Jeanneret a en effet largement puisé dans les idées développées avant guerre par Le Corbusier, Charlotte Perriand et Jean Prouvé sans oublier ses propres créations. Ainsi du célèbre «Scissor Chair» conçu pour Knoll avec des piètements composés de deux V en bois que l’on retrouve dans le mobilier de Chandigarh.
La séduction exercée par les meubles de Pierre Jeanneret netient donc pas seulement à l’histoire singulière de Chandigarh. Elle s’explique aussi par la façon dont il s’inscrivent dans l’histoire du design. C’est la raison pour laquelle, LECLERE-Maison de ventes met régulièrement ce mobilier en valeur. Car, au-delà du public marseillais – bien sûr particulièrement sensible aux créations de Le Corbusier et de ses collaborateurs – il suscite un vif intérêt auprès de tous les passionnés de mobilier moderne. Aujourd’hui, Chandigarh n’est plus seulement le « lieu de la déesse pouvoir ». C’est aussi un haut-lieu de l’histoire du design.

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