Henri Cartier-Bresson, l’homme qui comprenait avec les yeux

Le 17 mars 2014 par Olivia Brissaud

« J’observe, j’observe, j’observe. C’est par les yeux que je comprends »
Henri Cartier-Bresson

Cartier-Bresson Bruxelles

Henri Cartier-Bresson, “Bruxelles”, 1958. Tirage argentique d’époque, proposé à la vente le 28 janvier 2012 par Leclere-Maison de Ventes.

L’exposition présente à la fois l’artiste créatif et le photographe d’investigation retraçant chronologiquement la carrière de Cartier-Bresson : elle se divise donc en trois axes principaux avec en premier lieu les influences surréalistes et les grands voyages à travers le monde jusqu’en 1936, puis une seconde partie sur l’engagement politique d’Henri Cartier-Bresson jusqu’à son retour à New York en 1946 et une troisième séquence à partir de la création de l’agence Magnum 1947 jusqu’aux années 70. À l’entrée, le visiteur est accueilli par la reproduction d’une photographie représentant deux voyeurs belges qui espionnent à travers les trous d’un drap tendu, mise en abime choisie par le commissaire pour inviter le spectateur à se faire à son tour « regardeur ».

La peinture et le surréalisme

Cartier-Bresson Canada

Henri Cartier-Bresson, “Canada”, circa 1960. Tirage argentique d’époque, proposé à la vente le 5 juin 2012 par Leclere-Maison de Ventes.

Issu d’une riche famille d’industriels, le jeune Cartier-Bresson fait ses débuts dans l’atelier du peintre cubiste André Lhote et côtoie les milieux artistiques parisiens imprégnés par la pensée surréaliste. Ce n’est que dans les années 1920, après sa rencontre avec les américains Gretchen & Peter Powell qu’il se consacre à la photographie. De ces jeunes années, il gardera un goût pour la rigueur de la composition et l’importance des proportions, mais sera surtout marqué par les images et certaines idées surréalistes dans lesquelles il se retrouve : l’esprit subversif, le plaisir du jeu, le rôle de l’inconscient, et surtout ce goût pour les déambulations à travers les rues, toujours prêt à saisir un « instant décisif », un spectacle surprenant…
Dans ses clichés d’une grande sensibilité, toujours remarquablement structurés, il joue avec humour sur la rencontre fortuite de différents éléments ou objets inattendus. Il reprend le système du collage qu’il applique à la photographie, cherchant à établir un lien entre le décor et la figure humaine, juxtaposant les personnages à côté d’affiches, de palissades, de vitrines, soucieux de la composition des lignes et de l’harmonie de l’ensemble comme s’il peignait sur une toile.

Henri Cartier-Bresson, "Public des arènes de Pampelune", c.1960. Tirage d'époque proposé à la vente le 15 octobre 2011 par Leclere-Maison de Ventes.

Henri Cartier-Bresson, “Public des arènes de Pampelune”, c.1960. Tirage d’époque proposé à la vente le 15 octobre 2011 par Leclere-Maison de Ventes.

Les premiers voyages

À 22 ans, Henri Cartier-Bresson s’embarque pour l’Afrique ; il commence par parcourir la Côte d’Ivoire où il s’applique à saisir le rythme de la vie quotidienne à travers ses photographies. Toujours impliqué dans le monde qu’il tente de saisir, il reprend les images traditionnelles d’enfants nus, de marchés de bananes et de dockers qu’il consigne dans ses Carnets d’Impression d’Afrique. Il y gagne aussi une réelle expérience de vie et confirme sa passion pour l’art photographique : à son retour, il change d’appareil et passe au Leica qui deviendra son appareil fétiche.

En 1934-1935, il continue ses voyages en partant pour le Mexique, où il applique avec plus d’instincts encore les enseignements surréalistes. Il s’y familiarise avec les idées révolutionnaires, parcourt les quartiers malfamés et côtoient les prostituées qu’il immortalise dans des clichés saisissants. En Amérique, il prend ses premières photographies de New York et se lance dans le cinéma aux côtés de Paul Strand puis assiste Jean Renoir dans plusieurs films dont La Règle du Jeu.

Henri Cartier-Bresson, “Prise de Shanghaï”, 1949 Tirage argentique d'époque proposé à la vente le 21 mai 2011 par Leclere-Maison de Ventes.

Henri Cartier-Bresson, “Prise de Shanghaï”, 1949 Tirage argentique d’époque proposé à la vente le 21 mai 2011 par Leclere-Maison de Ventes.

L’engagement politique et les reportages

Le centre Pompidou a choisi de montrer un artiste engagé, même si les choix d’Henri Cartier-Bresson ont toujours été marqués par une grande liberté, refusant d’être encarté dans un parti. À son retour des États-Unis, il s’implique plus explicitement en politique travaillant pour le quotidien communiste Ce soir au côté d’Aragon et se rend en Espagne en tant que reporter pendant la guerre civile. Lui-même prisonnier pendant la seconde guerre mondiale, il fait un documentaire sur le retour des prisonniers de guerre et des déportés après la libération, privilégiant toujours les réactions du peuple comme lors du couronnement de Georges VI à Londres, quand il préfère photographier les gens qui regardent passer le roi plutôt que le souverain lui-même.

Henri Cartier-Bresson, “Mao Tsé Tung”, c.1965. Tirage d'époque sur papier argentique, proposé à la vente le 24 octobre 2010 par Leclere-Maison de Ventes.

Henri Cartier-Bresson, “Mao Tsé Tung”, c.1965. Tirage d’époque sur papier argentique, proposé à la vente le 24 octobre 2010 par Leclere-Maison de Ventes.

Il se consacre alors véritablement au reportage, cette « opération progressive de la tête, de l’œil et du cœur ». Après la fondation de l’agence Magnum en 1947, il se voit chargé de l’Asie et part en Chine pour couvrir la transition du Kuomintang au régime maoïste. Il travaille pour à peu près tous les grands magazines illustrés internationaux, couvrant l’actualité aux quatre coins du monde, toujours présent où l’histoire se fait. En janvier 1948, il est en Inde et rencontre Gandhi quelques heures avant l’assassinat du dirigeant dont il couvre après les funérailles. Par la suite, il sera le premier photographe admis en URSS après la détente en 1954 s’attachant à révéler au monde le quotidien des gens au sein de l’Union soviétique.

Henri Cartier-Bresson, “Écolières, Géorgie”, 1954. Tirage argentique d'époque, proposé à la vente le 21 mai 2011 par Leclere-Maison de Ventes.

Henri Cartier-Bresson, “Écolières, Géorgie”, 1954. Tirage argentique d’époque, proposé à la vente le 21 mai 2011 par Leclere-Maison de Ventes.

La fin de l’exposition s’attarde sur les derniers dessins de l’artiste et ses clichés plus contemplatifs, plus apaisés, alors qu’il cesse le reportage et se consacre à la vente de ses tirages et la publication de ses livres. Le discours de l’exposition cherche donc à replacer dans son contexte l’immense corpus de l’artiste s’attardant sur son rapport à l’image et à l’histoire, et considérant le travail d’Henri Cartier-Bresson à la fois pour sa valeur artistique et documentaire. Une rétrospective digne du personnage qui a traversé tous les grands moments et conflits du XXe siècle, formidable témoin et voleur d’images qui mérite bien le qualificatif « d’œil du siècle » que lui a attribué son biographe Pierre Assouline.

 

Informations pratiques :
Henri Cartier-Bresson du 12 février au 9 juin 2014,
Centre Pompidou, place Georges Pompidou, 75004 Paris.
Tél. : 01 44 78 14 63
www.centrepompidou.fr

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