Whisky Live Paris : la fête du whisky !

Le 28 octobre 2013 par Nicolas Guy

WhiskyLive2013La 10ème édition du salon Whisky Live Paris qui se tenait fin septembre 2013 à la Maison de la mutualité a rassemblé amateurs et professionnels du monde des Spiritueux, avec près de soixante-dix marques présentes et de nombreux embouteilleurs indépendants. Nicolas Guy, responsable du département « Vins et spiritueux » de Leclere-Maison de Ventes y était ! Au gré des stands, il a découvert des distilleries mythiques, rencontré des embouteilleurs passionnés, et bien sûr goûté des productions inédites… Son compte-rendu d’amateur éclairé est une invitation à vivre, à notre tour, de nouvelles émotions gustatives.

Des distilleries d’exception, de l’Écosse au Japon 

illust.GlenmorangieLe nectar Glenmorangie

Premier point fort de ce salon impressionnant, véritable paradis pour les amateurs : l’Écosse. À l’Est, dans les Highlands, se situe Glenmorangie, distillerie connue pour avoir les plus hauts alambics d’Écosse (d’anciens alambics de gin qui ont été modifiés). J’ai pu goûter certaines des expressions les plus emblématiques du style de la marque. Parmi ceux-là, le Glenmorangie original 10 ans est vieilli en fûts de bourbon tandis que d’autres affinages extra-matures sont passés en fûts de seconde main : Nectar d’Or en fûts de Sauternes, Quinta Ruban en fûts de porto ruby et le Lasanta en fûts de sherry d’Espagne. Ces maturations dévoilent une belle complexité, des arômes de fruits secs, d’agrumes, de vanille, d’épices douces.
Autre Single Malt, le scotch whisky Signet, au flacon très féminin , est un assemblage d’eaux-de-vie d’une trentaine d’années et d’eaux-de-vie plus jeunes. Aux arômes de mélasse, enrichis de sherry et de pointes d’écorces d’oranges, se mêle une bouche faite de notes très chocolatées et d’épices. La finale est un mélange d’exotisme. Un nez frais, chargé de menthe et soutenu par un parfum vif d’agrumes vert-citron. Sa rondeur nous place à la frontière d’un whisky et d’un Cognac XO.

illust.ArranArran la pure

Le Whisky Live Paris c’est comme nous venons de le voir des marques mondialement célèbres. Mais ce sont aussi des découvertes, des distilleries plus confidentielles. Découvrir leurs produits, c’est entrer au cœur de l’histoire de ce spiritueux.
A l’ouest de l’Écosse, dans l’Île d’Arran, la seule distillerie de l’île se trouve être aussi la plus jeune du pays, créée en 1995. À la fois traditionnelle et moderne, elle produit un whisky d’une grande finesse, issu de l’une des eaux les plus pures du pays dans un climat qui bénéficie des courants du Gulf Stream, un climat relativement doux pour l’Écosse.

Le maître distillateur James Mac Taggart, originaire d’Islay est le chef d’orchestre d’une petite équipe qui fabrique un whisky frais et unique, tel que l’Arran 10 years, l’expression classique de cette distillerie. De multiples éditions existent aussi. Cette maison est connue pour ses nombreux affinages, en fûts de vin de diverses origines :Tokay, Pinot noir, Champagne, Cognac, Madère… Dont certaines en éditions limitées que les collectionneurs pourront retrouver en ventes aux enchères ou chez les cavistes qui en possèdent encore dans leurs caves.

illust.NIKKAAu Japon, Nikka
est le gardien de trésors…

Le whisky japonais mérite une attention toute particulière. Dès la fin du XIX siècle, plusieurs sociétés nipponnes tentent de produire cet alcool, mais les premiers essais effectués à partir de riz ou de maïs, ne sont pas concluants. Il faut toujours un pionnier… Masataka Taketsuru, fils d’une famille de producteurs de saké, part faire des études de chimie en Écosse en 1918 et en profite pour apprendre l’art de la distillation. À son retour au Japon en 1921, il fonde la distillerie Yamazaki. En 1934, il crée la société Nikka, qui regroupe deux distilleries, l’une sur l’île d’Hokkaido et l’autre dans la ville de Yoichi.

À partir des single malts de ces deux lieux, Nikka propose une gamme remarquable :

-A Hokkaido, certains alambics sont encore chauffés au charbon. Cette production traditionnelle donne des whiskies riches au style affirmé.
– À Yoichi, le processus est ultramoderne, pour des distillations d’une grande finesse, privilégiant les arômes floraux.

Notre sélection nippone ? Le single malt Yoichi. C’est l’authentique, le fleuron de la marque qui bénéficie de plusieurs déclinaisons, dont l’extraordinaire 1988 Heavily Peated – 62% qui offre une expression tourbée avec des arômes intenses de fruits, de fleurs et d’épices.

Ceux qui font l’originalité du whisky :
les embouteilleurs et les négociants

Après une visite sur quelques stands de marques de référence qui possèdent leurs propres distilleries, passons à l’étape embouteilleurs indépendants. Ces derniers représentent une spécificité écossaise et anglaise empruntée aux courtiers en vins. Un embouteilleur indépendant met sur le marché des whiskies qu’il a achetés à des distilleries souvent très fameuses comme Laphroaig, Balvenie…
Il s’agit donc de négociants qui achètent leur whisky aux distilleries et qui le vendent après l’avoir mis en bouteille sous leur propre étiquette. Certains choisissent soigneusement les produits achetés pour faire des embouteillages caractéristiques du style de leur maison de négoce.
Du reste – et c’est heureux ! – certains négociants n’en restent pas là : avant de mettre le whisky en bouteille, ils peuvent en effet décider de faire vieillir l’alcool et de l’affiner dans des fûts spécifiques comme « les grands ». Ils sont ainsi en mesure de proposer des millésimes et des maturations spéciales. Une partie des amateurs de whisky ne juge pas ce travail avec amitié, considérant qu’ils brouillent l’image des distilleries. Toutefois, deux maisons parmi toutes celles présentes au Whisky Live Paris ont retenu mon attention, par la qualité de leurs bouteilles.

illust.SignatorySignatory Vintage,
une signature unique 

Certaines créations Signatory Vintage sont devenues mythiques comme Glenlivet 1968, Balvenie 1966, Glen Grant 1964 ou des embouteillages de distilleries aujourd’hui disparues comme la mythique Port Ellen.
Les frères Andrew et Brian Symington deviennent des héros du monde du whisky. Leurs sélections sont d’une grande finesse, leurs choix sérieux, ils contrôlent le moindre détail. Ils achètent Edradour, la plus petite distillerie d’Écosse en 2002. Ils connaissent le whisky sur le bout des doigts, proposent d’audacieux affinages et des millésimes somptueux de grandes et plus petites maisons.
En France, ils sont distribués par la Maison du Whisky à Paris.

illust.compassboxLe maître du blend :
Compass Box

Il y a les singles malts mais il y a aussi les blends, ces whiskies issus de mélanges. Compass Box se distingue avec des créations de qualité et des étiquettes identifiables entre mille.
Son patron, John Glaser, pourrait être l’enfant d’un mariage entre John Malkovich et Tchéky Karyo ! Ce masterblender possède un nez et un goût uniques qui lui font créer des mélanges insoupçonnés en sélectionnant, depuis 2000, des fûts provenant des meilleures distilleries d’Écosse.
illust.ThePEATMOnsterNous avons apprécié The Peat Monster, particulièrement tourbé, le Peat Monster Tenth Anniversary, plus puissant et fumé, et aussi Asyla. Composé de trois single malts, ce dernier assemblage est peut-être l’expression la plus classique de la maison, idéal pour découvrir Compass Box.
John Glaser n’ignore pas rencontrer un succès croissant auprès des amateurs. Lors de notre rencontre, il a bien voulu témoigner pour Artfact : « Depuis 7 ans, nos whisky ont été présentés en salle de vente aux enchères, notamment à New York. Nous avons produit des cuvées spéciales, par exemple le Peat Monster en 3 litres pour des ventes de charité. »

Notre coup de cœur : CAOL ILA 12 ans d'âge. Single malt tourbé et iodé de l'île d'Islay, Caol Ila est un single malt est à la fois équilibré et subtil avec des notes d'huile d'amande, d'agrumes, de réglisse, il est d’une belle puissance, avec une touche médicinale et d’orge très présente dont les amateurs raffolent.

Notre coup de cœur : CAOL ILA 12 ans d’âge.
Single malt tourbé et iodé de l’île d’Islay, Caol Ila est un single malt est à la fois équilibré et subtil avec des notes d’huile d’amande, d’agrumes, de réglisse, il est d’une belle puissance, avec une touche médicinale et d’orge très présente dont les amateurs raffolent.

Débats passionnés
et découvertes gustatives intenses

Mais les embouteilleurs ne sont pas toujours si appréciés que cela comme nous l’avons dit plus haut. Un consultant de chez Classic Malts & Food, qui rassemble six des plus grandes distilleries d’Écosse ne s’est pas privé de nous le faire savoir. Selon lui, « le business model des embouteilleurs indépendants est en difficulté. La défiance que les cavistes pouvaient se permettre il y a cinq/six ans vis-à-vis des grandes marques n’est plus de mise car ce monde s’est développé en termes de millésimes et d’affinages. Il faut savoir que beaucoup d’embouteilleurs faisaient du déstockage, comme la fripe dans les vêtements sans souci de qualité. Il y a 5-10 ans les grandes marques de whisky ne bradaient pas, elles déstockaient de la marchandise non pas sous leur marque mais sous celle des embouteilleurs indépendants. A court terme c’était une grosse perte, les indépendants prenaient des parts de marché, mais à long terme les grandes marques de whisky ont senti que le marché changerait. Désormais, nos distilleries font un travail remarquable. »

On le voit, le Whisky Live Paris a été un lieu de rencontres fortes, de débats passionnés, de découvertes gustatives intenses des whiskies conçus à travers le monde. Une belle occasion aussi de vérifier qu’à l’instar du vin, le whisky est bien un produit vivant et culturel.

 

 

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