Marseille en vue : un parcours photographique dans la ville et la Provence de 1850 à 2013

Le 22 juillet 2013 par Romain Coulet
Olivier Amsellem

Olivier Amsellem, 2013, Opening MAMO Marseille, C-print digital, edition 1/6, (100 x 80 cm), Est : 3 000-4 000 €

Cap sur Marseille, où la maison de ventes Leclère présente un important ensemble de plus de 250 œuvres de grands noms de la photographie ancienne, moderne et contemporaine, dédiées à la Citée phocéenne et à la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Abordage à Marseille, aux confluences d’héritages multiples, escales sur la cote, de Toulon à Nice, en passant par Saint-Tropez, pérégrinations dans les terres à l’ombre des montagnes provençales… Parcours sur un territoire qui n’a cessé de séduire et d’aimanter artistes et voyageurs du monde entier…

 

La vente du 12 octobre 2013 – comme les trois jours d’exposition qui la précèderont – est un voyage capable de nous faire découvrir autrement ce morceau de France, attractif entre tous, dont les sentiers nous semblaient battus.

Elle est une invitation à marcher dans les pas de photographes dont les regards croisés changeront le nôtre ; une occasion de capter la poésie d’un territoire singulier, d’explorer son histoire – et celle de la photographie, de 1850 à 2013.

La première partie de la vente rassemble des oeuvres datées de 1850 à 2013, qui proviennent majoritairement de deux collections privées.

Elle s’ouvre sur des vues primitives de monuments et paysages de la Provence et de la Côte-d’Azur de Charles Nègre, Edouard Baldus, Dominique Roman, Adolphe Terris, Eugène Piot, Gabriel Rey, Camille Brion, Louis Vigne.

Vieux Port 1963 - Ronis

Willy Ronis, Vieux Port, Marseille, 1963, tirage argentique d’époque (25, 5 x 20, 5 cm), Est : 1 500-2 000 €

Suivent des oeuvres de Germaine Krull, Julia Pirotte, Willy Ronis et Henri Cartier-Bresson qui illustrent la nouvelle vision photographique des années 30 et la photographie humaniste d’après-guerre.

Le regard des photographes contemporains Olivier Amsellem, Thomas Mailaender, Vasantha Yogananthan, Matthias Olmeta, Christophe Bourguedieu, Alfons Alt, Serge Assier, conclut cette première partie.

La seconde partie de la vente est constituée par les commandes de l’Agence Régionale du Patrimoine Provence-Alpes-Côte d’Azur, réalisées en 2002 et 2006. Ces commandes ont été faites à des photographes de renommée internationale, à fin de sensibiliser la population de la région PACA à son patrimoine.

Ces photographes se sont attachés à représenter les monuments et les paysages dans la continuation de la Mission Héliographique de 1851 et de la commande de la DATAR de 1984.

La commande de 2002, Provincia Antiqua, corpus de 40 photographies de l’italien Gabriele Basilico, dresse un état des lieux des monuments antiques de la Provence et de leur intégration dans le paysage urbain. La commande de 2006, Monuments et Paysages, propose de nouveaux itinéraires aux quatre photographes John Davies, Bernard Plossu, Massimo Vitali et Jordi Bernardó.

Toutes les photographies qui proviennent de ces commandes sont des tirages uniques d’exposition, qui ont été largement présentés.

Vue des chantiers - Terris - ok

Adolphe Terris, Vue des chantiers prise du milieu de la Rue Montbrion, juin 1863, tirage sur papier albuminé d’après négatif verre au collodion monté sur carton, (36 x 39,3 cm), Est : 5.000-6.000 €

De 1850 à 2013 : une centaine
de photographies provenant
de deux collections privées

Vues primitives

Charles Nègre, Edouard Baldus, Dominique Roman, Adolphe Terris, Eugène Piot, Gabriel Rey, Camille Brion, Louis Vigne sont présents avec des vues primitives de monuments et paysages de la Provence et de la Côte-d’Azur.

Un important cliché de Charles Nègre (1820-1880) conservé dans la famille du photographe, La rade de Toulon, 1852, tirage sur papier salé d’après un négatif papier ciré est proposé à 15.000-18.000 €.

Une vue de l’arlésien Dominique Roman (1824-1911), Théâtre romain d’Arles, circa
1853, grand négatif sur papier ciré retouché à l’encre et à la gouache par son auteur, est
estimée 10.000-15.000 €.

Charles Baldus, Entrée du port de Marseille, circa 1860, tirage albuminé d’après négatif verre
monté sur carton, (27 x 43 cm), Est : 5 000-6 000 €

Soulignons la belle présence de 10 tirages albuminés d’Edouard Baldus (1813-1889), dont l’Entrée du port de Marseille, circa 1860 (est. 5.000-6.000 €).

Quinze tirages proviennent de l’Album photographique des grands travaux de Marseille, 1864, important corpus d’images dressant le décor du futur Marseille. Parmi ces tirages, Vue des chantiers prise du milieu de la Rue Montbrion, juin 1863, tirage sur papier albuminé d’après négatif verre au collodion, est estimé 5 000-6 000 € . Une image similaire est conservée au MOMA à New York.

Commande officielle de la ville de Marseille composée de 26 photographies, l’Album photographique des anciennes rues démolies en 1862 restitue l’âme d’une ville aujourd’hui disparue. Il est présenté à 5 000-6 000 €.

Jeu de boules - Cartier-Bresson

Henri Cartier-Bresson, Jeu de boules, Marseille, 1936, tirage postérieur sur papier argentique, (25,5 x 20,4 cm), Est : 3.000-3.500 €

Regard sur le XXe siècle

Le chapitre de la vente consacré au XXe siècle aborde la nouvelle vision photographique des années 30 et la photographie humaniste d’après-guerre avec des œuvres de Germaine Krull, Julia Pirotte, Willy Ronis, Henri Cartier-Bresson.

Sept tirages d’époque sur papier argentique, circa 1930, illustrent le reportage que Germaine Krull (1897-1985) réalise à Marseille en 1929 pour le journal Vu, auquel elle livre des images des vieux quartiers et des scènes du port.

Ainsi La rue Canebière d’illustre renommée (est. 2 500-3 000 €), Débarquement des oranges apportées par les goélettes espagnoles de Valence, Marseille (est. 2 000-2 500 €), Petits maraudeurs, Marseille (est. 2 000-2 500 €), et Vieux Port, Marseille (est. 2 000-2 500 €).

Photographe de presse connue pour son travail à Marseille pendant la seconde guerre mondiale, Julia Pirotte (1908-2000) est représentée par trois clichés datés 1944, dont Enfant devant une affiche de cinéma, tirage argentique d’époque (est. 1 500-2 000 €).

La Canebière - Krull

Germaine Krull, La rue Canebière d’illustre renommée, circa 1930, tirage d’époque sur papier argentique, Est. : 2 500-3 000 €

 

Henri Cartier Bresson (1908-2004) livre sa vision de la ville à travers Jeu de boules, Marseille, 1936, tirage argentique postérieur comportant un envoi autographe de son auteur (est. 3 000-3 500 €).

Willy Ronis (1910-2009) est présent avec 14 photographies, dont deux très belles images du Vieux Port estimées chacune 1 500-2 000 € : Vieux port, Marseille, 1963, tirage argentique d’époque et Vieux Port, Marseille, 1946, tirage argentique postérieur.

La scène contemporaine

Le regard des photographes contemporains Olivier Amsellem, Thomas Mailaender, Vasantha Yogananthan, Matthias Olmeta, Christophe Bourguedieu, Alfons Alt, Serge Assier, conclut cette première partie de la vente.

Thomas Mailaender, Voiture Cathédrale, 2004. Tirage lambda contrecollé sur aluminium. Edition 3/5, (120 x 100 cm), Est : 3.000-4.000 €.

Photographe marseillais choisi par le designer Ora Ito pour témoigner de la nouvelle vie du toit terrasse de la Cité Radieuse du Corbusier, devenu Centre culturel sous son impulsion, Olivier Amsellem (1971) est au rendez-vous avec deux clichés de ce lieu d’exception, le MAMO, qui accueillera d’ailleurs ses oeuvres au cours de l’été 2013 : 2013, Le Corbusier, Marseille, C-print digital, édition 1/6, et 2013, Opening MAMO, Marseille, C-print digital, édition 1/6, tirages respectivement estimés 3 000-4 000 €.

Photographiées par Thomas Mailaender (1979) sur le port de Marseille en 2004, quatre Voitures cathédrales illustrent les allers-retours des immigrés entre leur pays d’origine et leur lieux de vie. « Matérialisation évidente du concept de frontière et des frottements culturels qui en découlent », selon le photographe, ces « containers roulants » font partie des collections du FNAC et de la CNHI. Estimés chacun 3 000-4 000 €, datés 2004, les quatre tirages lambda contrecollés sur aluminium présentés, ont été exposés au musée Tinguely, à Bâle, en 2011, à la CNHI, à Paris, en 2011-2012, au MIMA, en Angleterre, en 2012, et au MAC, à Marseille, en 2013.

 

TL 25087[1]

Vasantha Yogananthan, Piémanson, 2009-2012, tirage pigmentaire contrecollé sur dibond, édition à 10 exemplaires, (80 x 100 cm), Est : 1 200-1 500 €

Proposés chacun à 1 200-1 500 €, trois tirages pigmentaires contrecollés sur dibond de Vasantha Yogananthan (1985), restituent l’ambiance singulière de la plage de Piémanson, dont le jeune photographe s’est imprégné de 2009 à 2012. Ces tirages ont été exposés en 2012 à la BNF, à Paris, et au Festival MAP, à Toulouse, et en 2013, aux rencontres internationales de la photographie à Arles et au musée Albert-Kahn, à Boulogne-Billancourt.

À partir de la fin du mois de juillet 2013, Le Monde publiera quotidiennement une image de cette série dédiée par le photographe à la plage de Piémanson, accompagnée d’un texte de Florence Aubenas.

150 œuvres provenant des commandes
de 2002 et 2006 de l’Agence régionale
du patrimoine Provence-Alpes-Côte d’Azur

Provincia Antiqua (2002) : Gabriele Basilico

La commande de 2002, Provincia Antiqua, réunit un corpus de 40 photographies de l’italien Gabriele Basilico (1944-2013), qui dresse un état des lieux des monuments antiques de la Provence et leur de intégration dans le paysage urbain.

Gabriele Basilico, Marseille, L’abbaye de Saint Victor, 2001, tirage argentique, tirage unique d’exposition, (110 x 140 cm), commande de l’Agence Régionale du Patrimoine Provence-Alpes-Côte d’Azur, Est : 2.500-3.000 €.

Génial photographe récemment disparu, Gabriele Basilico, que le grand public découvre à travers sa participation à la mission photographique de la DATAR en 1984, a durablement marqué de son empreinte la photographie de paysage urbain. Il parvient ici, pour reprendre les mots de Christian Caujole dans la préface de l’ouvrage dédié à cette commande1, à « décaper nos conventions visuelles pour aboutir à une réflexion, ancrée dans un passé lointain, mais réactualisée ». « L’inscription des monuments dans leur environnement contemporain est sans cesse présent dans cet ensemble de photographies qui explorent, sans aucune nostalgie, les restes monumentaux d’une civilisation disparue sur laquelle se fonde notre histoire ». Basilico « sait parfaitement […] que ce qui peut parfois apparaître comme des scories ou des “imperfections” vient donner sa richesse et sa complexité à l’image ». Lampadaires, projecteurs électriques, grilles, tags, automobiles, sens giratoire, bâches en plastiques indiquant le travail en cours des archéologues, tuyaux d’arrosage, situent « un contexte qui construit un système savant de temporalités ». « En prélevant une séquence infime », la photographie, « nous installe dans une illusion d’éternité capable de recevoir, ou de garder trace de tous les temps qui ont frappé l’instant représenté ».
Ce très beau corpus d’images a été présenté lors des Rencontres internationales de la photographie d’Arles, en 2002, du Festival international de la photographie de Thessalonique, en Grèce, en 2003, et à l’Hôtel de Sully, à Paris, en 2004. Tous les tirages argentiques proposés sont tirages uniques d’exposition. Marseille, L’abbaye Saint Victor, 2001, (110 x 140 cm) est estimé 2 500-3 000 € . Citons aussi Nice, Cimiez ; Fréjus, Amphithéâtre ; Arles – tirages tous datés 2001 et de même format (110 x 140 cm), présentés chacun à 1 500-2 000 €.

Monuments & paysages (2006) : Massimo Vitali, Jordi Bernardó, John Davies, Bernard Plossu

Château d’If, Marseille - Massimo Vitali.

Massimo Vitali, Château d’If, Marseille, 2005, tirage argentique couleur monté sous diasec, tirage unique d’exposition (180 x 220 cm), commande de l’Agence Régionale du Patrimoine Provence-Alpes-Côte d’Azur, Est : 10.000-12.000 €.

La commande de 2006 montre un patrimoine photographié sous un aspect moins conventionnel que celui des seuls monuments antiques. Elle apporte un regard à la fois insolite et contemporain sur le paysage-monument. Les images de Massimo Vitali, Jordi Bernardó, John Davies et Bernard Plossu, « montrent surtout le passage de la vie », souligne Bernard Millet dans l’ouvrage qui les réunit : « elles ne parlent que très peu des monuments et n’entretiennent pas avec les paysages des rapports mélancoliques ou désespérés. […] Ce sont les désirs et les vanités d’une époque qui s’exposent ».

Les très beaux grands formats aux tonalités de couleurs blanchies de l’italien Massimo Vitali (1944) réinventent le genre pictural du « paysage avec personnages ». Ces photographies s’inscrivent dans la continuité du travail engagé par l’artiste en 1993 autour des comportements humains dans l’espace public du loisir. L’humanité, qui prend souvent la forme d’un flot de touristes, est au centre de ces compositions : les monuments ne sont que les « décors d’histoires humaines qui se déploient et d’intimités qui se dévoilent ». Ainsi deux grands tirages (180 x 220 cm) argentiques couleur montés sous diasec, représentant au premier plan la foule des baigneurs à Nice sur la plage devant l’Hôtel Negresco – Hôtel Negresco, Nice, 2005 (est. 18 000-22 000 €) – et les visiteurs du Château d’If – Château d’If, Marseille, 2005 (est. 10 000- 12 000 €).

Fort Saint Jean - Jordi Bernardó.

Jordi Bernardó, Fort Saint Jean, Marseille, 2006, tirage argentique, diptyque (85 x 107 cm x 2), tirage unique d’exposition, commande de l’Agence Régionale du Patrimoine Provence-Alpes-Côte d’Azur, Est. : 2.000-3.000 €.

Le catalan Jordi Bernardó (1966) porte à travers cette commande un regard critique sur les aménagements urbains standardisés, « témoignages insolents d’une culture de masse technologisée, appauvrie et mondialisée, qui se juxtaposent sans possibilité de dialogue avec un environnement patrimonial et paysager parmi les plus cohérents d’Europe ». « Au delà de l’ironie ou l’évident humour grinçant du photographe », commente Bernard Millet, « c’est le sentiment de la perte et de l’impuissance qui est mis en scène dans ces images ». Estimé 2 000-3 000 € , son diptyque, Fort Saint-Jean, Marseille, 2006, tirages argentiques (85 x 107 cm x 2), confronte ainsi deux points de vue sur ce site : l’un depuis ce site même, l’autre depuis une chambre de l’Hôtel Sofitel.

John Davies, Chateau de Lourmarin, 2005, C-Print, tirage unique d’exposition (40 x 100 cm), commande de l’Agence Régionale du Patrimoine Provence-Alpes-Côte d'Azur, Est : 3.000-4.000 €.

John Davies, Chateau de Lourmarin, 2005, C-Print, tirage unique d’exposition (40 x 100 cm), commande de l’Agence Régionale du Patrimoine Provence-Alpes-Côte d’Azur, Est : 3.000-4.000 €.

Le long de la Durance, de Briançon à Avignon, le britannique John Davies (1949), figure majeure de la new topography photography, est parti en quête de « points de vue à révéler », « cherchant ce point invisible où monuments et paysages ne font qu’un », explique Bernard Millet. « Il est clairement un photographe de paysage, dans ce sens où il invente les sites, en les désignant. […] Il a choisit, dans un long processus d’observation, des paysages qu’il considère déjà constitués en représentations ». Citons Château de Lourmarin, 2005, (40 x 100 cm) et Place forte de Mont-Dauphin (44 x 100 cm), C-Print tous deux datés 2005 et proposés à 3 000-4 000 €.

Bernard Plossu, Château Grimaldi, Antibes, Alpes-Maritimes, 2006, tirage argentique, tirage unique d’exposition (7,5 x 11 cm), commande de l’Agence Régionale du Patrimoine Provence-Alpes-Côte d’Azur, Est : 300-400 €.

Pour cette commande, le français Bernard Plossu (1945) a travaillé sur les fortifications des zones alpines et de la zone littorale, et livré des photographies en noir et blanc, de petit format, qui « poursuivent », pour reprendre l’image de Bernard Millet, « son long poème du monde ». Si ce grand photographe a fait de la marche, de la route, la « condition même de la production des images », sa route « ne passe pas au centre » : elle se fait « chemin de traverse », elle « se situe toujours en périphérie pour révéler en creux la vanité du centre ». « Il y a chez Plossu une évidente nécessité à saisir le tissu du réel par ses franges, à tirer quelques fils pour le révéler pleinement ». En témoignent Citadelle de Saint Tropez (7,5 x 11 cm), Fort de Viraysse, Alpes-de-Haute-Provence (17,5 x 26,5 cm), et Château Grimaldi, Antibes, Alpes-Maritimes (7,5 x 11 cm), tirages argentiques tous datés 2006 et estimés 300-400 €.

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